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[Parution] Souvenirs retrouvés et faux souvenirs : la réconciliation ?

À partir des années 1980 et 1990, tout d’abord aux États-Unis, de plus en plus de patients ont retrouvé au cours d’une thérapie le souvenir d’avoir été agressés sexuellement par un proche pendant leur enfance.

Des familles se sont déchirées, des procès ont été intentés, des condamnations prononcées. Des patients se sont aussi rétractés, mais leurs allégations initiales ont parfois provoqué des dégâts familiaux irréversibles. La journaliste américaine Meredith Maran raconte dans My Lie : A True Story of False Memory [Mon mensonge : l’histoire vraie d’un faux souvenir] son expérience d’un tel drame. Des parents faussement accusés ont, de leur côté, rechercher de l’aide auprès de spécialistes du fonctionnement de la mémoire.

La communauté scientifique s’est rapidement emparée du problème. Si certains cliniciens et chercheurs tenaient fermement à la réalité des souvenirs retrouvés, d’autres émettaient de sérieux doutes, arguant que ces souvenirs avaient pu être produits par les techniques suggestives employées par les thérapeutes.

La controverse a été particulièrement vive, déclenchant une véritable « guerre des souvenirs ». Dans The Myth of Repressed Memory : False Memories and Allegations of Sexual Abuse [Le mythe des souvenirs refoulés : faux souvenirs et allégations d’agressions sexuelles], paru en 1994 et traduit en 1997 en français, Elizabeth Loftus, l’une des psychologues américaines parmi les plus critiques envers les thérapies des souvenirs retrouvés, décrit fort bien l’ambiance belliqueuse des premières années de la polémique.

Où en est le débat aujourd’hui ? L’Université de Nebraska-Lincoln a organisé, en avril 2010, dans le cadre de ses symposiums sur la motivation, une rencontre entre plusieurs experts de la question. Leurs communications sont rassemblées dans un ouvrage collectif (en anglais) paru en 2012 aux éditions Springer.

Dans son introduction, Robert Belli, qui a coordonné la rencontre, reconnaît qu’aucun consensus ne s’est pas vraiment dégagé concernant la nature des souvenirs retrouvés. Toutefois, les spécialistes ont enfin pu discuter de leurs points de vue de manière ouverte et apaisée. Il cite le commentaire de l’un des participants qui notait « qu’après des années de bataille dans la guerre des souvenirs, c’était un soulagement bien venu d’être capable de discuter de sujets controversés d’une manière ouverte et collégiale, en étant seulement guidé par les données empiriques et par des arguments raisonnés » (notre traduction).

Références :

Belli, R. F. (Ed.). (2012). True and False Recovered Memories : Toward a Reconciliation of the Debate. New York : Spinger. Sur le web.

Loftus, E. F., & Ketcham, K. (1997). Le syndrome des faux souvenirs. Paris : Exergue.

Maran, M. (2010). My Lie : A True Story of False Memory. Chichester : John Wiley & Sons Ltd.

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité