Âge des visages et identification de suspects

3 novembre 2009 par Frank Arnould

Témoins jeunes et âgés d’un crime sont-ils sensibles à l’âge du délinquant quand ils participent à une parade d’identification de suspects ?

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Au cours d’une expérience dont les résultats sont publiés dans la revue Memory, les psychologues Catriona Havard et Amina Memon, de l’Université d’Aberdeen au Royaume-Uni, proposent à de jeunes adultes de 18 à 35 ans et à des personnes âgées de 61 à 83 ans de visionner deux vidéos décrivant chacune le même vol d’objets. La différence entre les deux enregistrements est la suivante : dans l’un des clips, le voleur est un jeune homme de 26 ans, dans l’autre, il s’agit d’un individu âgé de 67 ans. Quelques minutes après avoir visionné ces deux crimes, les « témoins oculaires » sont invités à participer à des séances d’identification vidéo pour chacun des malfaiteurs (voir Encadré).

Dans l’ensemble, les jeunes témoins prennent des décisions plus précises dans les parades d’identification (ou tapissages) que les témoins plus âgés. Ces derniers commettent un plus grand nombre d’erreurs d’identification que les premiers, notamment quand le délinquant est remplacé par un suspect innocent dans la parade.

Quand les délinquants sont présents dans les tapissages, les jeunes témoins ont tendance à prendre des décisions plus précises si le malfaiteur appartient à leur groupe d’âge que s’il est plus âgé qu’eux. Leur sensibilité à l’âge du malfaiteur est encore plus nette dans les parades composées d’innocents : de manière significative, ils commettent moins d’erreurs d’identification et indiquent plus fréquemment que le coupable n’est pas présent quand la parade est composée d’individus de leur âge. Par contre, les témoins âgés ne sont pas sensibles à l’âge du délinquant, quel que soit le type de tapissage (présence ou absence du malfaiteur).

En résumé, seuls les jeunes témoins se souviennent mieux du visage correspondant à leur âge. Ce résultat confirme les données d’études antérieures, du moins, comme le remarquent les deux psychologues, quand l’origine sociale des personnes âgées recrutées pour les expériences leur permet d’avoir des contacts avec des individus plus jeunes qu’elles. Quand ce n’est pas le cas, adultes jeunes et personnes âgées se souviennent mieux des visages de leur propre groupe d’âge.

Les parades d’identification vidéo au Royaume-Uni : le système VIPER

Dans leur expérience, Catriona Havard et Amina Memon utilisent le système VIPER, développé pour la police britannique, afin de présenter les membres des parades d’identification aux témoins oculaires.

Ces derniers visionnent des clips vidéo de 15 secondes de chaque membre du tapissage (suspect et figurants), présentés l’un après l’autre. Chaque clip commence par une prise de vue du visage et des épaules de la personne faisant face à la caméra. Celle-ci tourne ensuite lentement la tête vers la droite droit puis vers la gauche. Enfin, elle fait de nouveau face à la caméra. VIPER contient une large base de données de clips parmi lesquels sont choisis les figurants (personnes dont l’innocence est connue).

Avec VIPER, la présentation des visages est donc dynamique et séquentielle, contrairement aux techniques conventionnelles de tapissage où elle est statique et simultanée (tapissage en direct derrière une glace sans tain ou tapissage photographique).

Référence : Havard, C., & Memon, A. (2009). The influence of face age on identification from a video line-up : A comparison between older and younger adults. Memory, 17(8), 847-859.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Parade d’identification – Tapissage de police – Mémoire des visages – Age des visages – Biais intra-âge - Cognition – Veillissement - Adultes jeunes – Personnes âgées

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Sous-rubrique Actualités de la recherche - Parades d’identification. reconnaissance des visages et des voix

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Mark P. Lister
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