Agressions sexuelles et poursuites judiciaires

6 novembre 2009 par Frank Arnould

Découverte surprenante : les victimes les plus touchées psychologiquement par des agressions sexuelles seraient celles qui souhaiteraient le moins s’engager dans des poursuites judiciaires.

PNG - 76 ko

Une équipe de psychologues britanniques a interrogé vingt-deux personnes ayant vécu une agression sexuelle durant les dix-huit derniers mois précédant le début de l’étude.

Les résultats montrent que les victimes ayant connu de fortes expériences dissociatives péri-traumatiques [1] au moment de l’agression perçoivent leurs souvenirs du traumatisme comme ayant été très fragmentés pendant l’entretien avec un policier. A une importante fragmentation des souvenirs est associée une plus forte impression que les dépositions ont été incohérentes. De plus, au sentiment d’avoir tenu des propos incohérents est associé la volonté de ne pas s’engager dans des poursuites judiciaires.

« […] les victimes qui sont les plus touchées par une agression sexuelle pourraient être celles qui s’engageraient le moins dans un processus de justice criminelle », concluent les auteurs de l’étude (p. 787, notre traduction).

Ces premières données exploratoires, estiment-elles, pourraient contribuer à expliquer le phénomène suivant : au Royaume-Uni, seuls 5,6 % des affaires d’agressions sexuelles aboutissent à une condamnation. Des cas très nombreux se « perdent » donc au moment des investigations.

Référence :

Hardy, A., Young, K., & Holmes, E. A. (2009). Does trauma memory play a role in the experience of reporting sexual assault during police interviews ? An exploratory study. Memory, 17(8), 783-788.

Mots clés :

Agressions sexuelles – Abus sexuels – Traumatisme – Mémoire – Entretien de police - Déposition – Cognition – Victimes – Adultes

Crédit photo :

Citizensheep
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)


[1] Changements transitoires dans les expériences sensorielles et perceptives, comme un état de confusion ou une distorsion de la perception du temps.