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Agressions sexuelles : répétition des questions et témoignages d’enfants

17 mai 2010 par Frank Arnould

Pour quelles raisons les policiers répètent-ils certaines questions au cours d’entretiens avec des enfants victimes présumées d’agressions sexuelles ? Comment ces derniers réagissent-ils à cette forme de questionnement ? Étude au Royaume-Uni.

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David La Rooy, de l’Université d’Abertay à Dundee en Écosse, et Michael Lamb, de l’Université de Cambridge en Angleterre, publient les résultats d’une étude dans laquelle laquelle ils ont analysé trente-sept entretiens réalisés par des policiers et des travailleurs sociaux britanniques. Les auditions concernaient des enfants âgés de 4 à 11 ans, alléguant avoir été victimes d’agressions sexuelles. Les entretiens ont tous été conduits en respectant les recommandations du Memorandum of Good Practice élaborées par le Home Office [1].

L’objectif principal de cette étude était d’évaluer, au cours d’entretiens réels avec des enfants, la pratique controversée des questions répétées. Répéter une question ne consistant pas uniquement à la reformuler mot à mot, les deux psychologues se sont penchés sur les différentes manières utilisées par les enquêteurs pour recentrer un enfant sur une réponse qu’il a déjà fournie.

Les données obtenues ont d’abord montré que la répétition de questions, sous une forme ou sous une autre, était une pratique courante puisqu’elle était présente dans 97 % des entretiens. Les auteurs ont comptabilisé en moyenne 8 questions répétées par entretien (soit 5,60 % de l’ensemble des questions posées).

Les enquêteurs ont justifié l’utilisation de ce mode de questionnement essentiellement (dans 62 % des cas) pour remettre en cause une réponse donnée par l’enfant [2]. Dans 20 % des cas, aucune raison particulière n’a été invoquée.

Les enfants ont répondu à ces questions répétées en redisant ce qu’ils avaient précédemment formulé (dans 54 % des cas) ou en donnant des informations supplémentaires (dans 27 % des cas). Ils ont rarement fourni des éléments contredisant leurs réponses initiales (7 % des cas). Dans la mesure où les questions répétées avaient principalement pour objectif de remettre en cause leurs propos, les jeunes victimes présumées ont donc plutôt bien résisté aux pressions suggestives.

Les auteurs ont noté qu’au cours de recherches expérimentales antérieures, les enfants ont modifié bien plus souvent leurs réponses face aux questions répétées que ce qu’ils ont eux-mêmes constaté dans leur travail sur le terrain. Plusieurs raisons sont proposées pour expliquer cette différence. Les deux psychologues ont néanmoins incité à la prudence concernant la généralisation de résultats observés seulement dans des recherches effectuées en laboratoire.

Référence :

La Rooy, D., & Lamb, Michael, E. (2011). What happens when interviewers ask repeated questions in forensic interviews with children alleging abuse ? Journal of Police and Criminal Psychology, 26(1), 20-25.

Mots clés :

Témoignage – Agressions sexuelles – Abus sexuels – Policier – Questions répétées – Mémoire – Enfant d’âge préscolaire – Enfants d’âge scolaire – Royaume-Uni.

Crédit photo :

姒儿喵喵
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[1] Le Home Office est le Département de l’intérieur du gouvernement britannique pour l’Angleterre et le Pays de Galles.

[2] Par exemple : « Es-tu sûr de cela ? »