Agressivité et faux souvenirs

6 mai 2013 par Frank Arnould

Une étude révèle que des personnes peuvent se souvenir, à tort, d’avoir commis des actes d’agression.

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Les résultats d’une nouvelle étude suggèrent qu’il serait assez facile d’implanter chez l’adulte le faux souvenir d’avoir commis un acte agressif à l’adolescence (Laney & Takarangi, 2013). En effet, après avoir fait croire à une partie des participants de l’étude que leur profil psychologique indiquait qu’ils avaient probablement dans leur jeunesse frappé une personne au visage (agression directe) ou diffusé une rumeur malveillante (agression indirecte) [1], les chercheurs ont constaté qu’environ 40 % de ces sujets ont fini par être certains d’avoir des souvenirs de ces comportements. Pourtant, une semaine plus tôt, ces mêmes personnes indiquaient n’avoir jamais vécu de tels épisodes ! Ce sont les individus agressifs qui se sont révélés être les plus enclins à former de tels faux souvenirs.

Les chercheurs ont également constaté qu’il était plus aisé d’implanter des faux souvenirs d’avoir commis des actes d’agression que des faux souvenirs d’en avoir été les victimes. De plus, les faux souvenirs de comportements agressifs étaient tout aussi émotionnels que les vrais souvenirs de ces mêmes offenses rapportés par d’autres participants de l’étude. Autrement dit, et contrairement à une idée reçue, distinguer les vrais des faux souvenirs à partir de leur contenu émotionnel n’a pas été possible (lire aussi sur PsychoTémoins : Emotion et faux souvenirs d’enfance).

Cette expérience indique donc qu’il est possible d’inciter des personnes à se souvenir par erreur d’avoir commis des actes d’agression dans le passé, et ce, en dehors de toute pression à se soumettre. Dans une autre étude récente (Shaw & Porter, à paraître), 67 % des participants avaient formé de faux souvenirs d’un acte criminel qu’ils n’avaient pourtant pas commis. Pour faire cette observation, les chercheurs avaient cette fois interrogé à trois reprises les participants en leur demandant de se remettre mentalement dans le contexte des faits et d’imaginer la situation (lire sur PsychoTémoins : Des faux souvenirs aux faux aveux).

Références :

Laney, C., & Takarangi, M. K. T. (2013). False memories for aggressive acts. Acta Psychologica, 143(2), 227–234. doi:10.1016/j.actpsy.2013.04.001

Shaw, J., & Porter, S. (à paraître). Constructing rich false memories of committing crime. Psychological Science.

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

Crédit Photo :

Chapendra
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[1] Les femmes étaient plus enclines à développer de faux souvenirs d’avoir commis l’agression indirecte, alors que les hommes étaient plus enclins à former des faux souvenirs d’avoir commis l’agression directe.