Alcool et témoignage oculaire

11 octobre 2013 par Frank Arnould

Une étude suggère que la consommation d’alcool ne devrait pas systématiquement jeter le doute sur la fiabilité des témoins oculaires.

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Malgré l’importance légale du problème, l’effet de l’alcool sur la mémoire des témoins oculaires a fait l’objet, jusqu’à présent, d’un nombre limité de recherches expérimentales. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces travaux ont produit des résultats contradictoires. Certaines études récentes défient même l’avis des experts sur le sujet : les témoins alcoolisés au moment des faits peuvent faire des déclarations aussi précises que les témoins non alcoolisés. C’est ce que vient également d’observer une équipe de chercheurs britanniques, même quand les témoins sont interrogés une seconde fois (La Rooy, Nicol, & Terry, 2013).

Dans cette expérience, les participants, tous étudiants d’université, consomment une dose élevée ou faible d’alcool, ou encore un placébo, avant de visionner une vidéo décrivant une scène de vol. Dix minutes après avoir vu l’enregistrement, ils sont invités à rappeler librement le plus grand nombre d’informations possibles concernant le crime. Ils sont convoqués au laboratoire de psychologie une nouvelle fois le lendemain afin d’effectuer une seconde tentative de rappel des faits.

Les résultats montrent que, tout comme les témoins sobres au moment des faits, les témoins qui avaient consommé de l’alcool se sont souvenus de nouveaux éléments corrects et précis dans le second entretien par rapport au premier (un phénomène que les psychologues appellent des réminiscences).

La dose d’alcool consommée n’a pas eu d’influence sur la fréquence des contradictions et des oublis ainsi que sur la cohérence des déclarations quand les chercheurs ont comparé le deuxième rappel par rapport au premier.

Pour les auteurs de l’étude, ces données suggèrent que les témoignages oculaires de personnes alcoolisées au moment des faits ne devraient pas être automatiquement écartés. Toutefois, ils reconnaissent plusieurs limites à leur étude et proposent différents axes d’investigation pour de futures recherches : étudier l’effet de l’alcool sur les témoignages chez des populations différentes de celle de l’étude (par exemple, chez des personnes dépendantes de l’alcool), quand les témoins oculaires subissent des pressions, sont interrogés avec des questions suggestives ou après avoir discuté des faits avec d’autres témoins.

Référence :

La Rooy, D., Nicol, A., & Terry, P. (2013). Intoxicated eyewitnesses : The effects of alcohol on eyewitness recall across repeated interviews. Open Journal of Medical Psychology, 02(3), 107–114. doi:10.4236/ojmp.2013.23017. Accès libre en ligne.

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Klaus Post
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