Alibi et culpabilité

5 juillet 2012 par Frank Arnould

Dans quelle mesure la perception de la culpabilité d’un suspect est-elle influencée par la confirmation de son alibi par un témoin ? Une étude révèle l’importance de l’âge du témoin et de son degré de parenté avec le suspect.

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Dans une étude publiée dans Applied Cognitive Psychology, les psychologues canadiennes Leora Dahl et Heather Price ont proposé à des étudiants d’université de jouer le rôle d’un enquêteur de police dans une affaire de vol. Pour ce faire, les sujets de l’expérience ont pris connaissance du dossier dans lequel l’infraction était décrite, ainsi que l’apparence physique du malfaiteur. Ils ont ensuite recherché un suspect dans une base de données informatisée parmi un ensemble de suspects potentiels. Puis, il leur a été demandé d’indiquer la probabilité de sa culpabilité.

Les participants ont ensuite visionné le témoignage d’un enfant de 6 ans ou d’un adulte de 25 ans fournissant un alibi au suspect. L’enfant et l’adulte étaient présentés soit comme le fils du suspect, soit comme un voisin. Nos enquêteurs ont alors jugé une nouvelle fois la probabilité de culpabilité du suspect.

Ce qui intéressait en premier lieu les chercheurs était de savoir dans quelle mesure la présentation de l’alibi allait modifier la façon dont les participants percevaient la culpabilité du suspect, et ce, en fonction de l’âge et du degré de parenté du témoin.

Les résultats ont montré qu’après avoir entendu le témoignage d’un enfant, les participants ont jugé le suspect probablement moins coupable, quel que soit le niveau de parenté entre le témoin et le suspect. Aucune différence significative n’a été constatée entre les jugements de culpabilité pré-alibi et post-alibi quand le témoin adulte était présenté comme un voisin du suspect. En revanche, quand il était présenté comme son fils, ils ont jugé le suspect plus coupable après l’avoir entendu ! L’alibi fourni par le fils n’a donc pas été interprété par les participants comme un élément à décharge, mais au contraire comme une preuve à charge !

L’une des limites évidente de cette étude est d’avoir demandé à des étudiants de jouer le rôle d’un enquêteur de police et de ne pas avoir sollicité la participation de véritables professionnels de l’interrogatoire. Les auteurs ont noté que les policiers ne détectent pas forcément mieux le mensonge et la vérité et qu’ils pourraient être plus sceptiques concernant la crédibilité des alibis. Malgré tout, ont-ils poursuivi, il est difficile de savoir ce qu’ils pensent des alibis fournis par un enfant. Les auteurs ont donc recommandé d’entreprendre de nouvelles recherches avec des échantillons de policiers.

Référence :

Dahl, L. C., & Price, H. L. (2012). "He couldn’t have done it, he was with me !" : The impact of alibi witness age and relationship. Applied Cognitive Psychology, 26(3), 475–481. doi:10.1002/acp.2821

Mots clés :

Témoignage oculaire – Alibi – Culpabilité – Enquête – Enfant- Adulte

Crédit photo :

Sunface13
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