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Améliorer le témoignage des personnes âgées grâce à l’entretien cognitif ?

31 janvier 2007 par Frank Arnould

En 2006, plus de 12,8 millions de Français étaient âgés de 60 ans ou plus [1]. Certains d’entre eux seront probablement témoins ou victimes d’un crime. Or, la littérature scientifique a largement montré que bien des aspects de la mémoire se détériorent avec l’âge. Est-ce que l’entretien cognitif permettrait d’améliorer le témoignage des sujets âgés ? C’est à cette question qu’essayent de répondre deux chercheurs britanniques, Allison Wright, de l’Université de Portsmouth, et Robyn Holliday, de l’Université du Kent (Wright & Holliday, 2007). Leur contribution est d’autant plus intéressante que la recherche scientifique sur le sujet est encore peu documentée.

Dans la première de leurs études, des adultes jeunes (de 17 à 21 ans), des personnes âgées (de 60 à 74 ans) et très âgées (de 75 à 85 ans) visionnent tout d’abord une vidéo relatant une tentative de cambriolage d’une voiture. Leur témoignage est ensuite recueilli selon l’une des méthodes suivantes :

- l’Entretien Cognitif Amélioré (Enhanced Cognitive Interview) - ECA : il s’agit d’un entretien cognitif qui prend également en compte des facteurs sociaux et de communication. Une discussion sur des aspects non liés au crime est d’abord engagée. Puis, l’interrogateur explique les règles de l’entretien au témoin. On lui demande alors de réinstaurer mentalement le contexte du crime dans lequel il a vu la vidéo et de rapporter tout ce dont il se souvient. Puis, il doit se souvenir de la scène dans un ordre chronologique différent et la rappeler selon la perspective d’un personnage de la vidéo. Des questions ouvertes sont ensuite posées sur des détails rapportés dans la phase de rappel libre en recréant mentalement, pour chaque détail, le contexte environnemental et psychologique vécu au moment où le sujet a été témoin ; enfin, l’interrogateur demande au témoin s’il y a d’autres choses dont il se souvient.
- l’Entretien Cognitif Modifié (Modified Cognitive Interview) - ECM : identique à l’ECA mais la technique de changement de perspective est supprimée ;
- l’Entretien Stucturé (Structured Interview) - ES : utilisé comme situation contrôle, l’ES est basé sur des techniques similaires aux recommandations faites aux interrogateurs de la police britannique (Achieving Best Evidence, Home Office, 2001).

Cette première étude montre que les techniques d’entretien cognitif permettent d’augmenter le nombre de détails correctement rappelés de la scène de crime de 20 % chez les sujets jeunes, de 27 % chez les sujets âgés et de 18 % chez les très âgés avec la techniques ECA. L’amélioration est, respectivement, de 14%, 17 % et 15 % avec la technique ECM (p. 32). L’entretien cognitif facilite le témoignage chez tous les sujets mais des différences d’âge dans la mémoire de la scène subsistent. Par exemple, les adultes jeunes ont des souvenirs corrects plus complets que ceux des sujets âgés qui, eux-mêmes, ont de meilleures performances que les très âgés. Cet aspect, notamment, devrait inciter les chercheurs comme les enquêteurs à ne pas considérer les personnes âgées comme un groupe homogène : les plus jeunes d’entre eux ne se comportent pas forcément toujours comme les plus âgés.

Ce qui est également intéressant à noter est que, pour tous les groupes d’âge, les techniques d’entretien cognitif ne conduisent pas les participants à rappeler un nombre plus élevé de détails incorrects ou de confabulations (rappel d’éléments absents de la vidéo).

Dans la deuxième expérience, les protocoles des entretiens ont été recodés selon la pertinence légale des détails de la vidéo, celle-ci ayant été évaluée par des policiers. Des effets similaires à ceux de la première expérience ont été trouvés.

Une enquête récente (Wright & Holliday, 2005) révèle que beaucoup de policiers anglais interrogés pensent que l’utilisation des techniques d’entretien cognitif n’est pas appropriée pour les personnes âgées. Les auteurs du présent travail concluent, au contraire, que ces méthodes peuvent leur être utiles.

Références :

Wright, A.M., & Holliday, R.E. (2005). Police officers’ perceptions of older eyewitnesses. Legal and Criminological Psychology, 10, 211-223.

Wright, A.M., & Holliday, R.E. (2007). Enhancing the recall of young, young-old and old-old adults with Cognitive Interviews. Applied Cognitive Psychology, 21, 19-43.

Mots-clés :

Entretien cognitif, Témoignage oculaire, Mémoire, Adulte jeune, Personne âgée