Amnésie simulée, mensonge et mémoire d’un crime

23 septembre 2008 par Frank Arnould

Les suspects mentant à propos des faits risquent-ils de détériorer leurs souvenirs réels du crime ?

Les psychologues suédois Sven Å. Christianson et Susanna Bylin ont montré, en 1999, que les suspects simulant l’amnésie des faits pourraient détériorer leur mémoire authentique du crime. Dans leur expérience, des étudiants doivent s’identifier à un criminel ayant infligé plusieurs coups de couteau à une personne. Une partie des participants doit ensuite se remémorer honnêtement les évènements. Les autres doivent en simuler l’amnésie. Une semaine plus tard, tous les « suspects » ont pour tâche de se souvenir réellement de ce qui s’est passé. Les résultats montrent que les simulateurs se remémorent alors un moins grand nombre d’éléments corrects que les non-simulateurs. Cependant, des recherches ultérieures montrent que cette performance ne s’expliquerait pas une détérioration de la mémoire chez les simulateurs, mais simplement par le fait que les suspects non simulateurs ont pu pratiquer deux rappels de la scène du crime (Sun, Punjabi, Greenberg & Seamon, 2009).

Certains chercheurs pensent que simuler des difficultés de mémoire serait la stratégie choisie préférentiellement par les suspects pour minimiser leur responsabilité dans un crime. Ce n’est pas ce que viennent de constater des psychologues néerlandais de l’Université de Maastricht, aux Pays-Bas (van Oorsouw & Giesbrecht, 2008). Dans leur étude, des étudiants jouent le rôle d’un voleur. Aucun des « suspects » devant minorer son rôle dans l’affaire ne prétend souffrir de troubles de mémoire. Ils préfèrent fabriquer une histoire pouvant les disculper. La tentation de la simulation de troubles mnésiques n’a peut-être pas été suffisamment forte, étant donné les circonstances. En effet, l’amnésie des faits (simulée ou réelle, la distinction entre les deux restant difficile à établir) est généralement constatée dans les cas d’homicide, de crime sexuel, de violence domestique et de fraude (Christiansson & Merckelbach, 2005).

Une semaine après le premier interrogatoire, quand tous les participants doivent désormais se souvenir honnêtement des faits, les « suspects » ayant inventé une histoire se souviennent d’autant d’éléments corrects que ceux ayant initialement répondu honnêtement à l’interrogatoire. Par contre, ils commettent dans l’interrogatoire différé un plus grand nombre d’erreurs de commission (ajouts d’éléments nouveaux ou distorsions de faits réels). Plus l’histoire fabriquée est longue, plus ces erreurs sont nombreuses !

Références :

Chistianson, S.Å., & Bylin, S. (1999). Does simulating amnesia mediate genuine forgetting for a crime events ? Applied Cognitive Psychology, 13(5), 495-511.

Chistianson, S.Å., & Merckelbach, H. (2005). Crime-related amnesia as a form of deception. In P. A. Granhag & L. A. Strömwall (Eds.), The Detection of Deception in Forensic Contexts (pp. 195-225). Cambridge : Cambridge University Press.

Sun, X., Punjabi, P.V., Greenberg, L.T., & Seamon, J.G. (2009) ; Does feigning amnesia impair subsequent recall ? Memory & Cognition, 37(1), 81-89.

Van Oorsouw, K., & Giesbrecht, T. (2008). Minimizing culpability increases commission errors in a mock crime paradigm. Legal and Criminological Psychology, 13(2), 335-344.

Mots clés :

Interrogatoire de police - Suspect - Amnésie simulée - Mensonge - Mémoire - Cognition - Adultes