Apprendre à mieux détecter le mensonge ?

11 décembre 2009 par Frank Arnould

Un programme de formation associant exercices pratiques et séances de correction permettrait d’améliorer la capacité à détecter le mensonge.

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Déceler le mensonge est extrêmement difficile. Quand nous devons juger si notre interlocuteur est honnête ou essaye de nous tromper, notre performance est, sauf exception, à peine meilleure que si seul le hasard conduisait nos décisions (Bond & DePaulo, 2006) ! Si nous sommes aussi mauvais dans cette tâche, c’est notamment parce que nous détenons des idées préconçues et souvent fausses sur les comportements verbaux et non verbaux censés être des indicateurs du mensonge (Biland, 2004 ; Vrij, 2008).

Une équipe de psychologues a toutefois réussi à améliorer cette aptitude en apprenant à des étudiants à se servir d’indices plus efficaces (Colwell, Hiscock-Anisman, Memon, Colwell, Taylor & Woods, 2009).

Le formateur leur enseignait que les réponses honnêtes sont plus longues, plus expressives (vivid) et plus spontanées, alors que les réponses mensongères sont plus courtes, moins expressives, plus rigides, formulées avec plus de précaution et moins sujettes aux modifications. Les participants avaient l’occasion de mettre en pratique ces recommandations et d’être corrigés par le formateur. Trois sessions de formation d’une heure ont été organisées, auxquelles se sont ajoutés des exercices à domicile.

Après la fin du programme, les participants étaient invités à distinguer mensonge et vérité dans les discours de prisonniers, d’étudiants et d’enfants. Les résultats ont montré que les personnes entraînées à la détection du mensonge ont identifié avec précision 77 % des retranscriptions comme étant honnêtes ou mensongères. Comparativement, un groupe de personnes sans formation a jugé correctement la crédibilité des propos que dans 57 % des cas (le niveau de la chance étant de 50 %).

Si ce programme s’est avéré plutôt efficace, les données obtenues indiquent néanmoins qu’un nombre substantiel de déclarations a été classé incorrectement par les personnes entraînées à la détection du mensonge. Les auteurs de l’étude travaillent actuellement à améliorer encore plus son efficacité en combinant différentes techniques.

Références :

Biland, C. (2004). Psychologie du menteur. Paris. : Odile Jacob.

Colwell, K., Hiscock-Anisman, C., Memon, A., Colwell, L. H., Taylor, L., & Woods, D. (2009). Training in assessment criteria indicative of deception to improve credibility judgments. Journal of Forensic Psychology Practice, 9(3), 199-207.

Bond, C.F., & DePaulo, B.M. (2006). Accuracy of deception judgements. Personality and Social Psychology Review, 10(3), 214-234.

Vrij, A. (2008). Detecting Lies and Deceit : Pitfalls and Opportunities. (2 ed.). Chichester : Wiley.

Mots-clés :

Détection du mensonge — Apprentissage — Adultes

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abdallahh
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