Apprendre en état de stress perturbe-t-il la mémoire ?

8 novembre 2010 par Frank Arnould

Une expérience suggère qu’apprendre en état de stress perturberait l’encodage des informations en mémoire.

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L’influence du stress sur la mémoire est complexe. Par exemple, certaines études suggèrent que le stress améliore la mémoire des détails centraux d’un évènement et détériore la mémoire des détails périphériques (Christianson, 1992 ; Levine & Edelstein, 2009). De plus, le stress n’exercerait pas la même influence sur la mémoire selon le moment où il est vécu. Ainsi, comme le rappellent Lars Schwabe et Oliver Wolf , du département de psychologie cognitive de L’Université de la Ruhr à Bochum, en Allemagne (Schwabe & Wolf, 2010), le stress vécu avant l’apprentissage améliore ou perturbe la mémoire. Le stress vécu après l’apprentissage améliore la mémoire et il exerce un effet perturbateur quand il précède de peu le test de la mémoire.

Mais que se passe-t-il quand le stress est vécu pendant l’apprentissage ? Pour répondre à cette question, les deux chercheurs allemands ont demandé à des adultes volontaires de participer à une expérience sur la mémoire. Une partie des sujets a vécu une situation de stress pendant la mémorisation d’une liste de mots : ils ont dû plonger leur main droite dans de l’eau froide (entre 0 et 2°C), tout en étant filmés afin, leur a-t-on indiqué, de pouvoir analyser ensuite leurs expressions faciales. En outre, l’expérience était contrôlée par un expérimentateur inamical. Les autres sujets ont été placés dans une situation contrôle sans stress. Ils ont dû mémoriser la même liste de mots, tout en plongeant leur main dans une eau chaude à 35-37 °C, sans la présence d’un expérimentateur, et sans être filmés. La liste de mots était constituée de mots contextuels, c’est-à-dire en rapport à la situation de stress, de mots émotionnellement positifs et négatifs, ainsi que des mots émotionnellement neutres.

Vingt-quatre heures plus tard, les participants sont retournés au laboratoire et leur mémoire des mots a été testée. Tout d’abord, les chercheurs leur ont demandé de rappeler librement le plus grand nombre de mots étudiés la veille. Les résultats ont montré que les participants ayant mémorisé les mots sous stress en ont rappelé significativement moins que les participants du groupe contrôle.

Les chercheurs ont ensuite demandé aux participants de reconnaître les mots étudiés parmi des mots nouveaux. Les sujets ayant mémorisé les mots en étant stressés ont moins bien distingué les mots anciens des nouveaux mots.

Cette expérience indique donc qu’apprendre en étant stressé perturbe la mémoire. Dans le cas présent, la réduction de la performance dans le test de rappel libre et le test de reconnaissance a été de plus de 30 %. Les auteurs de l’étude ont jugé que le stress a perturbé l’encodage, plutôt que la consolidation des informations, en détournant l’attention des sujets du matériel à mémoriser.

De plus, ils ont conclu que l’effet perturbateur du stress sur l’encodage n’était probablement pas médiatisé par les glucocorticoïdes, comme le cortisol, qui sont des hormones libérées avec un délai après le début de l’évènement stressant. Ils ont plutôt jugé que des neurotransmetteurs, comme la dopamine et la noradrénaline, pourraient en être responsables. D’ailleurs, les résultats de l’expérience ont montré une absence de corrélation entre le taux salivaire de cortisol et la performance de la mémoire.

Les données de cette expérience doivent néanmoins être confrontées à d’autres résultats. En particulier, de nombreux travaux (McNally, 2003) ont montré que les personnes se souviennent généralement très bien des situations traumatisantes de leur vie : le stress vécu pendant ces évènements a donc participé à la formation des souvenirs.

Références :

Christianson, S. A. (1992). Emotional stress and eyewitness memory : A critical review. Psychological Bulletin, 112(2), 284–309.

Levine, L. J., & Edelstein, R. S. (2009). Emotion and memory narrowing : A review and goal-relevance approach. Cognition & Emotion, 23(5), 833. doi:10.1080/02699930902738863

McNally, R. J. (2003). Remembering Trauma. Cambridge : Harvard University Press.

Schwabe, L., & Wolf, O. T. (2010). Learning under stress impairs memory formation. Neurobiology of Learning and Memory, 93(2), 183–188. doi:10.1016/j.nlm.2009.09.009

Mots clés :

Émotion – Mémoire – Stress – Cognition – Apprentissage – Mémorisation — Adultes

Crédit photo :

Alan Cleaver
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