Autisme, témoignage oculaire et suggestibilité

12 octobre 2010 par Frank Arnould

Les adultes autistes sont, eux aussi, plus aisément piégés par les suggestions trompeuses portant sur les éléments typiques d’un crime.

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Ruban symbolisant l’autisme

Les témoins oculaires intègrent plus facilement dans leurs souvenirs des suggestions erronées portant sur des aspects typiques plutôt qu’atypiques d’un crime. Les premières sont en effet plus conformes que les secondes aux représentations schématiques qu’ils possèdent sur la situation.

Les adultes autistes seraient, eux aussi, plus facilement piégés par les suggestions typiques. C’est ce que viennent de découvrir deux psychologues britanniques (Maras & Bowler, 2011). Seize adultes autistes à haut fonctionnement (c’est-à-dire sans retard intellectuel) et seize adultes sans trouble autistique ont pris part à l’expérience. L’ensemble des participants a tout d’abord visionné une série de diapositives décrivant un braquage de banque, mettant en scène deux malfaiteurs cagoulés.

Quelques minutes plus tard, l’expérimentateur les a invités à lire le compte rendu du crime paru dans un journal. Celui-ci contenait dix détails incorrects relatant des faits absents de la série de diapositives. Cinq de ces suggestions trompeuses étaient typiques d’un braquage de banque : les braqueurs avaient entassé l’argent volé dans un sac ; l’un des malfaiteurs détenait une arme à feu ; un client de la banque avait été forcé à s’allonger sur le sol ; le caissier avait dû lever ses mains en l’air ; l’un des braqueurs surveillait la situation.

Les cinq autres détails incorrects portaient sur des éléments atypiques d’une scène de braquage : les braqueurs avaient enlevé leur cagoule ; ils avaient laissé passer un client en lui tenant la porte ouverte avant d’entrer eux-mêmes dans la banque ; le caissier avait d’abord ri devant les braqueurs ; l’un des malfaiteurs tenait une canette de cola ; et l’un des braqueurs… avait grimacé devant la caméra de surveillance.

Quand les participants ont été ensuite priés de relater librement les faits, les déclarations des adultes autistes se sont révélées être moins riches en détails corrects, et moins précises que celles des sujets du groupe de comparaison. Cependant, les deux groupes d’individus ont été plus influencés par les suggestions trompeuses typiques que par les suggestions trompeuses atypiques. Ce résultat est aussi observé quand les participants ont répondu à des questions spécifiques sur les faits.

Référence :

Maras, K., & Bowler, D.M. (2011). Schema consistent misinformation effects in eyewitness with autism spectrum disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, 41(6), 815-820.

Lecture complémentaire :

Marcaggi, G., Bon, L., Eustache, F., & Guilery-Girard, B. (2010). La mémoire dans l’autisme : 40 ans après. Revue de Neuropsychologie, 2(4), 310-319.

Mots clés :

Autisme – Trouble du spectre autistique – Suggestibilité – Schéma – Information trompeuse – faux souvenirs induits – Mémoire – Cognition – Adultes

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Sur le Web :

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Crédit photo :

Beverly & Pack
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