Avec de l’entrainement, mentir devient automatique

23 janvier 2013 par Frank Arnould

Mensonge et vérité deviennent indiscernables après un entrainement à mentir.

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La région antérieure du cortex cingulaire, impliquée dans les activités de contrôle cognitif, est l’une des régions du cerveau s’activant pendant le mensonge.

Récemment, des psychologues ont proposé l’idée selon laquelle mentir serait une activité plus exigeante d’un point de vue cognitif que dire la vérité (Vrij, Granhag, Mann, & Leal, 2011. Lire sur PsychoTémoins : Détecter le mensonge : l’approche cognitive). Cela se traduirait, par exemple, par un allongement du temps de réponse aux questions quand les gens mentent. Des régions du cerveau s’activant pendant certains types de mensonge, comme le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal dorsolatéral, sont d’ailleurs connues pour être impliquées dans les activités de contrôle cognitif (Abe, 2009).

Toutefois, selon les résultats d’une nouvelle étude (Hu, Chen, & Fu, 2012), une séance d’entrainement au mensonge réduirait la charge cognitive associée au fait de mentir. Quarante-huit volontaires ont accepté de participer à l’expérience. Dans un premier temps, on leur demandait d’indiquer si certaines informations leur correspondaient ou si elles faisaient référence à une autre personne. Ils devaient répondre honnêtement à certaines questions et mentir à d’autres.

Une partie des sujets était ensuite informée sur le fait que le mensonge s’accompagne d’un temps de réponse allongé et d’un plus grand nombre d’erreurs par rapport à la sincérité. L’expérimentateur demandait donc à ces participants d’essayer de répondre plus rapidement et de commettre moins d’erreurs pendant la seconde passation du test de mensonge et de vérité.

Un autre groupe de sujets étaient instruits de la même façon, l’expérimentateur lui ayant proposé en plus de mettre en pratique ces consignes au cours de 360 essais avant de répondre une nouvelle fois à l’épreuve de mensonge et de vérité. Les participants restants constituaient le groupe contrôle (ni instruction sur le mensonge ni entrainement à mentir).

Les résultats ont montré que les sujets seulement instruits sur les caractéristiques comportementales du mensonge ont réussi à réduire leur temps de réponse en mentant aux questions de la seconde épreuve de mensonge et de vérité. Cependant, ils ont continué à prendre plus de temps en mentant qu’en disant la vérité.

Les participants entrainés à mentir ont aussi pris moins de temps en mentant aux questions de la seconde épreuve par rapport à la première, à tel point que mentir et dire la vérité sont alors devenus indiscernables [1].

Pour les auteurs, ces données indiquent que le mensonge est malléable et qu’il devient automatique avec l’entrainement. L’étude suggère ainsi qu’une stratégie pour mieux détecter le mensonge consisterait, par exemple, à poser des questions que les personnes n’ont pas pu anticiper (Vrij et al., 2009. Lire sur PsychoTémoins : Détecter le mensonge : le piège de l’imprévu).

Références :

Abe, N. (2009). The neurobiology of deception : Evidence from neuroimaging and loss-of-function studies. Current Opinion in Neurology, 22(6), 594‑600. doi:10.1097/WCO.0b013e328332c3cf

Hu, X., Chen, H., & Fu, G. (2012). A repeated lie becomes a truth ? The effect of intentional control and training on deception. Frontiers in Cognitive Science, 3, 488. doi:10.3389/fpsyg.2012.00488. Accès libre en ligne.

Vrij, A., Granhag, P. A., Mann, S., & Leal, S. (2011). Outsmarting the liars : Toward a cognitive lie detection approach. Current Directions in Psychological Science, 20(1), 28-32. doi:10.1177/0963721410391245

Vrij, A., Leal, S., Granhag, P. A., Mann, S., Fisher, R. P., Hillman, J., & Sperry, K. (2009). Outsmarting the liars : The benefit of asking unanticipated questions. Law and Human Behavior, 33(2), 159-166. doi:10.1007/s10979-008-9143-y

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Mensonge et détection du mensonge

Crédit image :

[CC-BY-SA-2.1-jp], via Wikimedia Commons


[1] A noter que les chercheurs n’ont observé aucune différence significative entre les groupes de sujets concernant l’exactitude des réponses.