• Accueil
  • Actualités
  • Biais de reconnaissance inter-âge des visages : c’est automatique

Biais de reconnaissance inter-âge des visages : c’est automatique

9 octobre 2012 par Frank Arnould

Peu importe la manière dont nous les avons encodés dans notre mémoire, nous reconnaissons mieux les visages de notre groupe d’âge que les visages d’un âge différent.

Nous avons tendance à mieux reconnaître les visages d’individus appartenant à notre groupe d’âge que les visages d’individus d’âges différents du nôtre. Bien que modulé par différents facteurs, ce biais de mémoire serait un phénomène robuste, aussi bien chez les enfants, les adultes que chez les personnes âgées (Rhodes & Anastasi, 2012).

Une nouvelle étude suggère en plus qu’il se produirait de manière automatique (Randall, Tabernik, Aguilera, Anastasi, & Valk, 2012). Pour constater cela, les chercheurs ont proposé à un groupe de jeunes adultes, âgés de 18 à 25 ans, d’effectuer un traitement particulier sur des visages d’enfants (5-8 ans), d’adultes jeunes (18-25 ans), d’adultes d’âge moyen (35-45 ans) et de personnes âgées (55 ans et plus). Selon les conditions, leur tâche consistait soit à localiser une marque sur les visages, soit à évaluer leur niveau d’attirance, soit à juger leur aspect plus ou moins amical, soit à estimer leur âge. Quelques minutes plus tard, les participants ont été invités à reconnaître les visages étudiés parmi de nouveaux visages.

Les résultats ont montré l’émergence d’un biais de reconnaissance en faveur du groupe d’âge d’appartenance : les participants ont mieux reconnu les visages de jeunes adultes que les visages d’enfants, d’adultes moyens et de personnes âgées. Ce biais s’est manifesté dans toutes les conditions d’encodage, même quand les participants ont eu à estimer l’âge des personnes. C’est ce résultat qui a permis aux chercheurs de conclure au caractère automatique du biais. Celui-ci a néanmoins été plus prononcé quand l’encodage était orienté vers les aspects sociaux des visages (jugements sur le caractère amical et sur le niveau d’attirance).

Sur le terrain des enquêtes criminelles, les psychologues ont conclu que les témoins oculaires reconnaitront mieux les visages de leur groupe d’âge, peu importe la manière dont ces visages ont été encodés dans leur mémoire. À l’inverse, ils reconnaitront moins bien des visages à partir du moment où ceux-ci seront catégorisés comme n’appartenant pas à leur groupe d’âge. Dans cette situation, les témoins risqueront aussi de commettre un plus grand nombre d’erreurs de reconnaissance. « […], l’âge du témoin et l’âge du malfaiteur sont des facteurs cruciaux à prendre en compte quand l’aptitude d’un individu à se souvenir de visages précédemment vus doit être évaluée », ont-ils poursuivi (p. 65, notre traduction).

Références :

Randall, J. L., Tabernik, H. E., Aguilera, A. M., Anastasi, J. S., & Valk, K. V. (2012). Effects of encoding tasks on the own-age face recognition bias. The Journal of General Psychology, 139(2), 55-67. doi:10.1080/00221309.2012.657266

Rhodes, M. G., & Anastasi, J. S. (2012). The own-age bias in face recognition : A meta-analytic and theoretical review. Psychological Bulletin, 138(1), 146-174. doi:10.1037/a0025750

Mots clés :

Témoignage oculaire – Reconnaissance des visages – Biais de reconnaissance – Âge des visages – Mémoire – Cognition – Adultes jeunes

À lire également sur PsychoTémoins :

Un biais dans la reconnaissance inter-âge des visages

Biais de reconnaissance inter-âge des visages : ça dépend