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Comment mieux former les professionnels au recueil des témoignages d’enfants ?

12 octobre 2011 par Frank Arnould

Une étude confirme qu’une formation efficace au recueil des témoignages d’enfants doit être intensive et comporter une supervision régulière des pratiques sur le terrain.

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Le recueil de la parole des enfants pose de nombreux défis. Les professionnels chargés des entretiens doivent en effet prendre en considération le niveau de développement cognitif, mnésique et linguistique de leurs jeunes interlocuteurs. Ils doivent également créer un climat adapté au dévoilement de situations difficiles et chargées d’émotion, comme c’est le cas dans les affaires d’agressions sexuelles ou de maltraitance présumées, tout en évitant les questions dirigées et suggestives.

Plusieurs protocoles d’entretien, comme celui du NICHD (Cyr & Dion, 2006 ; Lamb, Orbach, Hershkowitz, Esplin, & Horowitz, 2007), ont été développés pour faciliter ce travail. Ces méthodes, qui continuent de faire l’objet de tests empiriques, se sont révélées efficaces notamment parce qu’elles insistent sur l’utilisation d’un questionnement ouvert (« Que s’est-il passé ? », « Peux-tu m’en dire plus ? »). Les questions ouvertes permettent à l’enfant de prendre le contrôle de l’entretien et de relater librement les faits selon son propre point de vue. Les réponses données aux questions ouvertes sont donc plus précises que celles données aux réponses fermées, dirigées ou suggestives.

Les psychologues canadiennes Heather Price et Kim Roberts ont noté (Price & Roberts, 2011) qu’après avoir été formés aux questions ouvertes, les professionnels reconnaissaient bien l’importance de cette technique. Hélas, en condition réelle, ils mettaient peu en pratique ce qu’ils avaient appris. Pour les deux psychologues, il serait possible de surmonter ce type d’échec. Pour cela, la formation à l’entretien devrait être intensive et proposer une supervision régulière des interviewers. Les auteurs ont testé un tel programme de formation, qui s’est étendu sur une période de huit mois.

Trois policiers et deux travailleurs sociaux de la protection à l’enfance ont participé à l’expérience. Dans un premier temps, ces personnes ont conduit des entretiens, tous enregistrés, auprès d’enfants victimes présumés d’agressions sexuelles, de négligence ou de mauvais traitements. Les enregistrements ont été retranscrits et codés. Ils ont servi de base de comparaison sur la manière dont les interviewers conduisaient leurs entretiens avant la formation.

Pendant la première session de formation, les participants ont assisté pendant deux journées à des cours sur le développement de l’enfant et ont mis en pratique, grâce à des jeux de rôles, les principes de base du protocole du NICHD. En particulier, ils ont appris à utiliser préférentiellement les questions ouvertes et à éviter les questions fermées. Les formateurs ont supervisé ces jeux de rôle et donné leurs avis en retour sur la mise en œuvre des bonnes pratiques d’entretien.

Après cette phase initiale du programme, les participants ont transmis chaque semaine aux formateurs une série d’entretiens qu’ils avaient professionnellement conduits avec des enfants. En retour, ils recevaient les avis des formateurs sur la manière dont ces entretiens avaient été menés et des conseils pour le futur.

Une session de « rafraichissement » a été organisée deux mois après la première session de formation. Ensuite, les participants ont de nouveau soumis chaque semaine une série d’entretiens et reçu en retour les commentaires des formateurs. Ces entretiens ont servi à évaluer l’influence du programme de formation sur l’implémentation de bonnes pratiques par les professionnels.

Après la fin du programme intensif de formation, policiers et travailleurs sociaux ont plus fréquemment et proportionnellement plus utilisé dans leurs entretiens professionnels les questions ouvertes qu’avant leur participation au programme. Dans le même temps, ils ont réduit leur utilisation des questions fermées.

De plus, après la formation, les interviewers ont été capables de recueillir un plus grand nombre de détails auprès des enfants, et un plus grand nombre d’informations a été obtenu à l’aide de questions ouvertes.

Les chercheurs ont également constaté un progrès dans la qualité des entretiens entre ceux menés après la première session de formation et ceux conduits après la session de rafraichissement.

Un programme de formation intensif et continu, associé à une supervision régulière des entretiens menés sur le terrain, favorise donc bien l’utilisation par les professionnels des bonnes pratiques d’interrogation avec les enfants, notamment le recours au questionnement ouvert. Une telle stratégie est d’ailleurs intégrée au protocole NICHD.

Si ces résultats sont très encourageants, et confirment ceux constatés dans d’autres études, les auteurs reconnaissent qu’il reste encore du chemin à parcourir avant de connaître toutes les conditions que doit réunir une formation afin d’assurer un changement à long terme du comportement des enquêteurs.

Références :

Cyr, M., & Dion, J. (2006). Quand des guides d’entrevue servent à protéger la mémoire des enfants : l’exemple du protocole NICHD. Revue Québecoise de Psychologie, 27(3), 157-175.

Lamb, M. E., Orbach, Y., Hershkowitz, I., Esplin, P. W., & Horowitz, D. (2007). A structured forensic interview protocol improves the quality and informativeness of investigative interviews with children : A review of research using the NICHD Investigative Interview Protocol. Child Abuse & Neglect, 31(11-12), 1201-1231.

Price, H. L., & Roberts, K. P. (2011). The effects of an intensive training and feedback program on police and social workers’ investigative interviews of children. Canadian Journal of Behavioural Science/Revue canadienne des sciences du comportement, 43(3), 235-244.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Formation continue – Policier – Travailleur social – Mineurs – Enfants

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