Confiance et faux souvenirs : données neuropsychologiques

23 octobre 2006 par Frank Arnould

Une étude d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle essaye de savoir si la confiance et le doute dans sa mémoire activeraient des régions différentes du cerveau lorsque les sujets se remémorent de vrais et de faux souvenirs.

La confiance d’un témoin dans sa mémoire est un objet d’étude récurrent en psychologie légale. On peut évoquer deux exemples de cet intérêt. D’une part, le niveau de confiance d’un témoin lorsqu’il identifie un suspect est une donnée importante pour juger la culpabilité de ce dernier. D’autre part, l’étude de l’effet des informations trompeuses sur le témoignage montre que le niveau de confiance dans les réponses suggérées est élevé.

Quels sont les corrélats neuronaux de ces jugements ? Pour répondre à cette question, Moritz, Gläsher, Sommer, Büchel et Braus (2006) ont observé l’activité cérébrale au moyen de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) pendant que les sujets effectuaient une tâche de type DRM, suivie d’un test de reconnaissance.

La tâche DRM, l’une des plus populaires dans l’étude des faux souvenirs, a été développée initialement par Deese (1959) et étendue par Roediger et McDermott (1995). En quoi consiste-t-elle ? On demande aux sujets d’étudier des listes de mots sémantiquement liés (par exemple : repos, rêve, lit, baillement...). Lorsque les sujets se souviennent ultérieurement des listes, ils peuvent rappeler ou reconnaître par erreur des mots non étudiés mais qui partagent des liens sémantiques avec ceux de la phase d’étude (sommeil, dans notre exemple). Dans l’étude de Moritz et al., les réponses au test de reconnaissance faisaient en plus l’objet d’un jugement de confiance.

Les résultats indiquent que des jugements de confiance élevés entraînent une activation bilatérale du cortex cingulaire antérieure, du cortex cingulaire postérieure, du gyrus parahippocampique et une activation de l’hippocampe droit. Des niveaux faibles de confiance sont liés à une activation du cortex pariétal postérieur supérieur. Pour les auteurs, la certitude et le doute activeraient donc des régions différentes du cerveau. Peu de différences entre les reconnaissances correctes et fausses apparaissent. En particulier, le lobe temporal gauche semble être plus activé lors des fausses alarmes par rapport aux reconnaissances correctes.

Les bases neuronales des jugements de confiance et des faux souvenirs sont encore mal connues. Si le travail de Moritz et al. (2006) fournit des données supplémentaires, il faut néanmoins garder à l’esprit que la généralisation des résultats obtenus à l’aide du paradigme DRM aux faux souvenirs dans les témoignages est un sujet controversé (voir : Pezdek & Lam, 2007 ; Wade, Sharman, Garry, Memon, Merchelbach & Loftus, 2007).

Références :

Deese, J. (1959). On the prediction of occurence of particular verbal intrusions in immediate recall. Journal of Experimental Psychology, 58, 17-22

Moritz, S., Gläscher, J., Sommer, T., Büchel, C., Braus, D.F. (2006). Neural correlates of memory confidence. NeuroImage, vol. 33, n° 4, 1188-1193.

Pezdek, K., & Lam, S. (2007). What research paradigm have cognitive psychologists used to study “false memory”, and what are the implications of these choices ? Consciousness and Cognition, 16, 2-17.

Roediger, H.L., & McDermott, K.B. (1995). Creating false memories : Remembering words not presented in the lists. Journal of Experimental Psychology : Learning, Memory, and Cognition, 21, 803-814.

Wade, K.A., Sharman, S.J., Garry, M., Memon, A., Mazzoni, G., Merckelbach, H., & Loftus, E.F. (2007). False claims about false memory research. Consciousness and Cognition, 16, 18-28.

Mots- clés :

Faux souvenir, Confiance, Métamémoire, Encéphale, Paradigme DRM

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