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Confirmer les réponses forcées et inventées : quels effets sur la mémoire des témoins au cours d’entretiens répétés ?

8 juin 2007 par Frank Arnould

Une expérience évalue l’effet sur la mémoire des témoins de la confirmation des réponses forcées à des questions portant sur des événements inexistants au cours d’entretiens répétés. Une deuxième étude examine la façon dont est perçue la crédibilité de ces témoignages.

Wells et Bradfield (1998) ont montré que les jugements rétrospectifs d’un témoin sur sa mémoire d’un crime et sur son identification d’un suspect sont malléables. En particulier, lorsque l’administrateur du tapissage lui confirme qu’il a bien identifié le suspect, il se juge alors être un bien meilleur témoin, même s’il a en fait identifié un innocent. D’autres travaux indiquent que l’effet pervers de la confirmation n’est pas confiné à la tâche d’identification d’un suspect. Par exemple, dans l’expérience de Zaragoza, Payment, Ackil, Drivdahl et Beck (2003), des sujets sont obligés de répondre à toutes les questions portant sur un événement auquel ils ont été témoins, même dans le cas où celles-ci portent sur des éléments inexistants. Une semaine plus tard, les sujets ont développé de faux souvenirs des réponses inventées (elles ont été intégrées dans leurs souvenirs de l’événement), surtout pour celles confirmées par « l’enquêteur » (celui-ci leur avait indiqué que leurs réponses forcées et fausses correspondaient bien aux faits). Dans cette situation, les participants s’estiment aussi plus confiants dans leurs faux souvenirs et les rappellent librement plus volontiers quatre à six semaines après l’événement en question, relativement à un feedback neutre de la part de l’enquêteur.

L’expérience de Zaragoza et al. (2003) n’évalue pas l’effet de la confirmation des réponses forcées et inventées sur la mémoire d’un témoin lorsque celui-ci est interrogé une seconde fois. Or, pour différentes raisons, la répétition des entretiens avec un témoin est courante : il peut être interrogé à plusieurs reprises au cours de l’enquête et/ou répéter son témoignage pendant le procès. D’après les résultats de Hanba et Zaragoza (2007), les témoins dont les réponses forcées et inventées ont été confirmées dans un premier entretien ont plus tendance à les reproduire lors du second, comparativement à un feedback neutre. Ils les génèrent alors plus rapidement, tout en réduisant les manifestations de doute à leur propos. Comme dans l’expérience de Zaragoza et al. (2003), les témoins développent relativement plus de faux souvenirs pour les réponses forcées et inventées après confirmation.

Comment des jurés jugent-ils la crédibilité de ces témoins ? Pour répondre à cette question, Hanba et Zaragoza (2007) ont demandé à des personnes d’évaluer le second entretien de la première expérience de leur étude en indiquant si le témoin connaît ou devine la réponse aux questions. Les résultats montrent que ces personnes ont plus tendance à décider que les témoins connaissent les réponses lorsque celles-ci ont été confirmées, peu importe leur degré d’exactitude. Les réponses sont donc jugées plus crédibles lorsqu’elles ont été initialement confirmées, même si elles contiennent des éléments faux !

Références :

Hanba, J., & Zaragoza, M. S. (2007). Interviewer feedback in repeated interviews involving forced confabulation. Applied Cognitive Psychology, 21, 433-455.

Wells, G. L., & Bradfield, A. L. (1998). "Good, you identified the suspect" : Feedback to eyewitness distorts their reports of the witnessing experience. Journal of Applied Psychology, 83, 360-376.

Zaragoza, M. S., Payment, K. E., Ackil, J. K., Drivdahl, S. B., & Beck, M. (2003). Interviewing witnesses : Forced confabulation and confirmatory feedback increase false memories. Psychological Science, 12, 473-477.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Entretien répété, Suggestibilité, Confirmation, Mémoire, Faux souvenirs, Crédibilité du témoignage

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