• Accueil
  • Actualités
  • Construire un portrait-robot peut-il compromettre l’identification d’un suspect ?

Construire un portrait-robot peut-il compromettre l’identification d’un suspect ?

3 janvier 2006 par Frank Arnould

Selon les résultats d’une étude américaine, les témoins construisant le portrait-robot d’un malfaiteur auraient plus de difficultés à le reconnaître ensuite dans une parade d’identification.

Le recours par la police au portrait-robot est d’un usage ancien. En 1910, un croquis du Dr. Crippen est diffusé en Angleterre après la découverte du corps sans vie de son épouse. Le mari meurtrier fut identifié alors qu’il s’enfuyait de Londres à bord d’un paquebot transatlantique.

Cependant, malgré des succès anecdotiques souvent retentissants, la recherche scientifique montre que la technique n’est finalement pas très efficace. Les portraits-robots ressemblent généralement peu aux visages qu’ils sont censés représenter. Les logiciels spécialisés contemporains se révèlent eux aussi décevants.

Gary Wells et ses collègues viennent de montrer que la construction d’un portrait-robot par un témoin pourrait avoir une conséquence fâcheuse (Wells, Charman & Olson, 2005). Dans une première expérience, après avoir visionné la photographie d’un visage, les participants sont répartis en trois groupes : 1) certaines personnes doivent construire un portrait-robot du visage étudié à l’aide du logiciel FACES (groupe Portrait-robot) ; 2) d’autres personnes ont pour tâche de visionner un portrait-robot déjà élaboré (groupe Exposition) ; 3) un groupe contrôle pour lequel aucune tâche supplémentaire n’est requise. Les chercheurs constatent que la construction du portrait-robot détériore l’aptitude des témoins à reconnaître ensuite le visage étudié dans une parade d’identification. Ainsi, 84 % des personnes du groupe contrôle l’identifient correctement. Ils sont 44 % et seulement 10 % à le faire dans les groupes Exposition et Portrait-robot, respectivement !

Dans une deuxième expérience, les « témoins » visionnent une courte vidéo montrant un homme sur un toit en train de placer un objet (décrit ultérieurement par l’expérimentateur comme étant une bombe) dans le conduit d’aération d’un bâtiment. Lorsque le visage du malfaiteur est présent dans la parade d’identification, les résultats sont identiques à ceux de l’expérience précédente : la construction d’un portrait-robot réduit la possibilité des témoins à l’identifier. Quand le visage du malfaiteur en est absent (cette situation simule les parades composées uniquement de personnes innocentes), les témoins ayant construit son portrait-robot ne font pas plus d’erreurs d’identification que le groupe contrôle. Pour les auteurs, ce résultat est finalement logique : les sujets du groupe contrôle dont la mémoire n’est pas altérée n’ont pas plus de chance de trouver un visage qui peut s’apparier avec celui de la vidéo que les sujets du groupe Portrait-robot dont la mémoire est détériorée.

Référence :

Wells, G.L., Charman, S.D. & Olson, E.A. (2005). Building face composites can harm lineup identification performance. Journal of Experimental Psychology : Applied, 11(3), 147-156.

Mots clés :

Témoignage oculaire, Portrait-robot, Parade d’identification, Tapissage, Mémoire, Cognition, Adultes.

À lire également sur PsychoTémoins :

Sous-rubrique Actualités de la recherche - Portraits-robots