• Accueil
  • Actualités
  • De quelle manière les enfants parlent-ils des agressions sexuelles ?

De quelle manière les enfants parlent-ils des agressions sexuelles ?

7 novembre 2012 par Frank Arnould

Une analyse linguistique de déclarations faites à la police révèle des différences entre groupes d’enfants dans la manière dont sont décrites les agressions sexuelles présumées.

PNG - 47.3 ko

Les chercheurs britanniques Megan Sim et Michael Lamb, du Département de psychologie de l’Université de Cambridge, ont analysé le langage utilisé par quatre-vingt-dix-sept enfants, âgés de 4 à 13 ans, pour décrire les agressions sexuelles dont ils auraient été les victimes. Les déclarations de ces jeunes victimes présumées avaient été recueillies par des policiers.

Les deux psychologues se sont plus particulièrement intéressés à certaines catégories de mots, celles qui, dans des études précédentes, avaient permis de distinguer des propos véridiques de propos mensongers. Les déclarations verbales ont été analysées par un programme informatique, le Linguistic Inquiry Word Count (LIWC), qui a calculé la fréquence d’utilisation de ces différentes sortes de mots par les enfants interrogés.

Les résultats ont révélé des différences entre groupes d’enfants dans l’utilisation des catégories de mots. Les enfants de 10 à 13 ans ont fait des déclarations plus longues que les enfants de 4 à 6 ans et ont utilisé un plus grand nombre de mots d’exclusion (« excepté », « sauf »…) et de mots décrivant des mouvements. Pour une raison que les chercheurs n’ont pas réussi à élucider, les enfants de 7 à 9 ans ont plus fréquemment utilisé des mots décrivant des processus de pensée (« penser », « considérer », « savoir »…) que les enfants des deux autres groupes d’âge.

Les données ont également montré que les garçons ont plus souvent utilisé que les filles des mots décrivant des mouvements. L’utilisation de mots décrivant des émotions négatives a été plus fréquente chez les victimes présumées d’agressions perpétrées par un membre de la famille immédiate que par un autre membre de la famille ou un suspect familier.

Quand les allégations portaient sur des attouchements sous les vêtements ou des actes de pénétration, les enfants parlaient plus souvent à la première personne que dans les affaires d’exposition à des faits sexuels. Dans ces dernières affaires, les enfants utilisaient moins souvent des mots décrivant des ressentis perceptifs (« toucher ») que dans les cas d’attouchement sur ou sous les vêtements et que dans les allégations de pénétration.

Les mots faisant référence à des mouvements étaient plus fréquents quand les agressions s’étaient produites une seule fois par rapport à celles s’étant produites à plusieurs occasions. Les références au temps et aux mouvements ont été aussi plus fréquentes quand les enfants avaient été interviewés à l’aide du protocole du NICHD par rapport aux enfant interrogés avec les recommandations du Memorandum utilisé en Angleterre et au Pays de Galles (pour une description de ces deux protocoles, lire, sur PsychoTémoins, l’article Recueillir le témoignage d’enfants agressés sexuellement : deux procédures comparées)

« À cause de ces différences entre groupes [d’enfants], il serait risqué d’utiliser le LIWC comme outil de détection de mensonge sans contrôle approprié », ont conclu les psychologues (notre traduction).

Référence :

Sim, M. P. Y., & Lamb, M. E. (à paraître). Children’s disclosure of child sexual abuse : How motivational factors affect linguistic categories related to deception detection. Psychology, Crime & Law. doi:10.1080/1068316X.2012.719621

Mots clés :

Témoignage – Agression sexuelle – Abus sexuel – Analyse linguistique – Mineurs – Enfants d’âge préscolaire – Enfants d’âge scolaire

À lire également sur PsychoTémoins :

Sous-rubrique Actualités de la recherche – Témoignages d’enfants

Crédit photo :

Sazzy B
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)