Découverte d’une nouvelle source de faux souvenirs

16 septembre 2010 par Frank Arnould

Observer une personne exécuter une action peut conduire au faux souvenir de l’avoir exécutée soi-même.

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L’imagination est une source potentielle de faux souvenirs. Par exemple, les personnes pensent parfois avoir réellement exécuté des actions qu’elles n’ont fait qu’imaginer (Goff & Roediger, 1998). Une autre source possible de faux souvenirs d’actions vient d’être découverte par une équipe de psychologues allemands et canadiens (Lindner, Echterhoff, Davidson, & Brand, 2010).

Les trois expériences mises au point par les chercheurs reposent sur le principe suivant. Les participants lisent tout d’abord des énoncés décrivant différentes actions simples, consistant à manipuler un objet (par exemple, secouer une bouteille), et ont pour consigne d’exécuter certaines d’entre elles. Ils sont ensuite invités à visionner des enregistrements vidéo d’une autre personne réalisant plusieurs actions, dont certaines n’ont pas été exécutées par les sujets initialement. Deux semaines plus tard, les participants doivent essayer de reconnaître les actions qu’ils ont personnellement exécutées pendant la première phase de l’expérience.

Les psychologues constatent que les sujets ont tendance à se souvenir à tort d’avoir accompli une action alors qu’ils n’ont fait qu’observer l’autre personne la réaliser à leur place ! Ces faux souvenirs sont résistants : ils ne disparaissent pas quand l’expérimentateur insiste auprès des participants de se focaliser sur les actions qu’ils ont personnellement réalisées et de ne pas les confondre avec celles exécutées par l’autre personne, ou quand il les met en garde sur la possibilité d’erreurs de mémoire liées à l’observation. Ils ne disparaissent pas non plus quand la similitude sensorielle entre les actions observées et celles réalisées par les sujets est éliminée.

S’inspirant de travaux récents en neurosciences sociales et de la découverte des neurones miroirs, les chercheurs pensent que le fait de voir une personne accomplir une action déclencherait une sorte de simulation implicite de ce comportement chez l’observateur, activant dans son cerveau les mêmes représentations motrices que celles activées s’il avait réellement exécuté des mouvements identiques. Par conséquent, en réactivant ces représentations en miroir au moment du test de mémoire, l’observateur pourrait se souvenir parfois à tort d’avoir éxécuté lui-même l’action .

Références :

Goff, L. M., & Roediger, H. L. (1998). Imagination inflation for action events : repeated imaginings lead to illusory recollections. Memory & Cognition, 26(1), 20-33.

Lindner, I., Echterhoff, G., Davidson, P. S., & Brand, M. (2010). Observation inflation : Your actions become mine. Psychological Science, 21(9), 1291 -1299.

Lectures supplémentaires :

Rizzolatti, G., & Sinigaglia, C. (2008). Les neurones miroirs. Paris : Odile Jacob. Identifiés par l’équipe de Giacomo Rizzolatti en Italie dans le cortex prémoteur du singe, les neurones miroirs s’activent aussi bien quand un individu exécute une action que lorsqu’il observe un autre individu accomplissant cette même action. L’ouvrage dresse un panorama de cette découverte importante.

Jacob, P. (2007). Neurones miroirs, résonance et cognition sociale. Psychologie Française, 52(3), 299-314. Une analyse critique des neurones miroirs par le philosophe de l’esprit Pierre Jacob, de l’Institut Jean-Nicod à Paris.

Mots clés :

Faux souvenirs – Observation – Action – Mouvement corporel – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – faux souvenirs et suggestibilité

Crédit photo :

Tomás Rotger
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