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Décrire les éléments fictifs d’un crime : un danger pour la fiabilité des témoignages ?

7 janvier 2008 par Frank Arnould

Presser des témoins à décrire des éléments fictifs d’une scène de vol a un effet paradoxal sur l’attribution de l’origine de leurs souvenirs.

Les psychologues américains Sean Lane et Maria Zaragoza font le constat suivant. Au cours de leur audition, les témoins d’un crime peuvent être conduits à décrire des personnes, des objets ou des événements dont ils ne se souviennent pas ou qu’ils n’ont même pas observés. Si l’on en croit les résultats des expériences publiées par les deux chercheurs dans la revue Memory & Cognition, la génération de ces descriptions a un effet plutôt paradoxal sur l’attribution de l’origine des souvenirs.

Les participants à leurs études commencent par visionner une série de diapositives décrivant un vol. Quarante-huit heures plus tard, ils répondent à un questionnaire portant sur le crime dont ils ont été les témoins. En particulier, ils doivent produire ou simplement lire une description d’éléments de la scène dont certains sont fictifs et donc suggérés.

Après un délai de quelques jours, leur mémoire de la source des informations est évaluée. Ils répondent alors à deux questions. Dans la première, ils indiquent si les éléments suggérés ont été lus dans le questionnaire et, dans la seconde, s’ils ont été vus dans les diapositives.

La génération des descriptions des aspects fictifs du vol conduit plus souvent les témoins à attribuer correctement l’origine de leurs souvenirs au questionnaire et ils les attribuent aussi plus souvent à tort à l’événement dont ils ont été les témoins !

Les deux chercheurs ont également observé que la production des descriptions a un autre effet pervers sur la mémoire, comparativement à leur lecture. Les témoins ont alors une image (erronée) encore plus vive du contexte dans lequel les éléments suggérés sont supposés avoir été observés dans les diapositives !

La simple exposition à des suggestions peut affaiblir la fiabilité des témoignages. Les expériences de Lane et de Zaragova nous apprennent que l’acte de générer des descriptions d’éléments fictifs d’un crime peut avoir un effet encore plus pernicieux sur la mémoire des témoins.

Référence :

Lane, S.M., & Zaragova, M.S. A little elaboration goes a long way : The role of generation in eyewitness suggestibility. Memory & Cognition, 35, 1255-1266.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Suggestibilité, Faux souvenirs, Mémoire, Cognition