Dépression et faux souvenirs spontanés

1er juillet 2011 par Frank Arnould

Les personnes dépressives commettent plus souvent des erreurs de reconnaissance de mots associées à leur maladie.

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Dans une tâche DRM, les participants mémorisent tout d’abord une série de listes de mots. Les mots de chaque liste (comme table, assis, jambe, siège, canapé…) convergent tous vers un autre mot associé, le leurre critique (chaise), mais qui n’est pas présenté pendant la phase d’étude. Quand la mémoire des listes est ensuite testée, les personnes rappellent ou reconnaissent à tort les leurres critiques, en raison des liens que partagent ces derniers avec les mots étudiés (Deese, 1959, Roediger & McDermott, 1995).

À l’université de Lancaster, au Royaume-Uni, les psychologues Mark Howe et Catherine Malone se sont intéressés à l’effet de la dépression sur la production de ces faux souvenirs spontanés, en dehors de toute forme de suggestion (Howe & Malone, 2011). Les personnes dépressives sont-elles plus vulnérables à ces illusions mnésiques ? En fait, tout déprendrait du contenu thématique des listes.

Vingt-quatre personnes dépressives [1] et 24 personnes sans dépression (groupe contrôle) ont participé à une tâche DRM. Quatre types de listes de mots leur ont été soumis : trois listes émotionnellement neutres, trois listes émotionnellement positives, trois listes émotionnellement négatives et trois listes dépressives, c’est-à-dire dont le thème de la liste est associé à la dépression (voir Encadré). L’expérience s’est terminée par une épreuve de reconnaissance des mots étudiés parmi les leurres critiques et de nouveaux mots.

Par rapport aux sujets non dépressifs, les personnes dépressives ont produit plus de faux souvenirs spontanés, mais uniquement pour les leurres critiques relevant du thème de la dépression. La reconnaissance correcte des mots étudiés s’est aussi révélée être dépendante du contenu des listes. Si les individus non dépressifs ont reconnu plus de mots des listes neutres et négatives que les dépressifs, ces deux groupes de personnes ne se sont pas distingués significativement quand ils ont reconnu des mots positifs ou liés au thème de la dépression.

Ces données, concluent les chercheurs, indiqueraient donc que les différences mnésiques entre individus dépressifs et non dépressifs pourraient être confinées à certains types de matériel.

Un peu de méthode

Exemples de listes DRM utilisées par Howe et Malone (2011). Les listes ont été conçues à partir de norme d’associations verbales.

Liste neutre : pomme, légume, orange, poire, banane, baie, cerise, panier, jus, salade
Leurre critique non présenté : fruit

Liste positive : bon, brillant, réussir, mieux, outrepasser, gagner, meilleur, correct, élite, dépassement
Leurre critique non présenté : exceller

Liste négative : dérober, brigand, escroc, cambrioleur, argent, policier, mauvais, dévaliser, prison, arme
Leurre critique non présenté : voleur

Liste dépressive : célibataire, isolé, abandonné, solitaire, à l’écart, reclus, séparé, silencieux, détaché, solo
Leurre critique non présenté : seul

Référence :

Deese, J. (1959). On the prediction of occurence of particular verbal intrusions in immediate recall. Journal of Experimental Psychology, 58(1), 17-22.

Howe, M. L., & Malone, C. (2011). Mood-congruent true and false memory : Effects of depression. Memory, 19(2), 192-201.

Roediger, H. L., & McDermott, K. B. (1995). Creating false memories : Remembering words not presented in lists. Journal of Experimental Psychology : Learning, Memory, and Cognition, 21(4), 803-814.

Mots clés :

Faux souvenirs spontanés – Faux souvenirs associatifs – Humeur – Congruence – Dépression – DRM (Deese-Roediger-McDermott) – Reconnaissance – Adultes

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Faux souvenirs et suggestibilité

Crédit photo :

assbach
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[1] Ces sujets ont reçu le diagnostic de dépression selon les critères du Diagnostic and Statistical Manual, version IV. Ils avaient aussi obtenu un score supérieur ou égal à 20 à l’Inventaire de dépression de Beck. Aucun autre trouble n’était associé à leur état dépressif.