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Des enfants qui mentent ou disent la vérité : effets sur les décisions de jurés

11 juillet 2006 par Frank Arnould

Des jurés sont-ils aptes à détecter un enfant qui ment ou un enfant qui dit la vérité à propos d’abus sexuels perpétrés par un adulte ? La façon dont le témoignage de l’enfant est présenté au cours du procès influence-t-elle les décisions qu’ils doivent prendre ?

Dans une recherche publiée par Goodman, Myers, Qin, Quas, Castelli, Redlich & Rogers (2006), des enfants de 5 à 7 ans participent à une séance de jeu au cours de laquelle certains d’entre eux sont touchés sur le ventre, le nez et le cou par un homme. Le choix de cette situation a pour fonction d’être la plus proche de celle d’abus sexuels, tout en respectant les règles ethiques les plus élémentaires. On demande ensuite aux enfants qui avaient subi des contacts corporels de dire la vérité dans un interrogatoire mené par un travailleur social. Les autres sujets devront mentir en alléguant avoir été eux aussi touchés par l’adulte. Une simulation de procès est ultérieurement organisée, en faisant en sorte que celui-ci se déroule de la manière la plus identique à celle d’un procès réel. Le témoignage de l’enfant est présenté de trois façons : soit l’enfant vient lui-même témoigner au procès, soit un enregistrement de l’interrogatoire est diffusé, soit le travailleur social qui a réalisé l’interrogatoire relate les dires de l’enfant.

Avant la délibération, peu importe la façon dont est présenté le témoignage, les jurés ont des difficultés à distinguer les vraies des fausses allégations de contacts corporels. Ce résultat confirme d’autres travaux qui font apparaître que les adultes ont de piètres aptitudes à distinguer la vérité du mensonge. Le fait de voir et d’entendre l’enfant lors du procès (directement ou par enregistrement vidéo) ne facilite donc pas la distinction entre les enfants menteurs et les enfants honnêtes. Pour juger de la précision d’un témoignage, les jurés semblent se baser sur la cohérence, l’uniformité du témoignage. Or, dans cette étude, ce sont les enfants de mauvaise foi qui manifestent le plus ce genre de comportement ! Les jurés féminins sont plus tentés de croire que l’enfant et le travailleur social disent la vérité. Dans le même temps, leur compassion à l’égard de l’accusé est plus prononcée que chez leurs homologues masculins. Ce dernier résultat est surprenant puisque dans d’autres travaux, les jurés masculins ont des attitudes plus favorables à l’égard d’un homme accusé de crime sur enfant.

La façon dont est présenté le témoignage a bien une influence sur la façon dont les jurés estiment la crédibilité de l’enfant et celle du travailleur social. Par exemple, lorsque l’enfant témoigne lui-même, il est jugé plus crédible. Dans ce cas, il suscite aussi plus de compassion et le procès est jugé plus juste à son égard. Plus le rôle joué par le travailleur social est important (lorsqu’il rapporte les propos de l’enfant au cours du procès), plus son témoignage est jugé crédible. Cela revient à dire que sa crédibiltié diminue lorsque la visibilité de l’enfant est plus importante. La crédibilité des témoignages de l’enfant et du travailleur social agissant sur la confiance des jurés dans la culpabilité de l’accusé, c’est donc de manière indirecte que le format de présentation du témoignage influence cette variable.

Référence :

Goodman, G.S., Myers, J.E.B., Qin, J., Quas, J.A., Castelli, P., Redlich, A.D., & Rogers, L. Hearsay versus children’s testimony : Effects of truthful and deceptive statements on jurors’ decisions. Law and Human Behavior, 30, 363-401.

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Mots-clés :

Détection du mensonge, Témoignage, Juré, Crédibilité du témoignage, Enfants