Des marqueurs de fiabilité dans les témoignages d’enfants ?

30 août 2011 par Frank Arnould

Latence des réponses et certitude constitueraient des marqueurs de fiabilité des déclarations chez l’enfant.

PNG - 43.8 ko
Les enfants répondant rapidement produiraient des témoignages plus précis.

Sur quelles bases décider que le témoignage d’un enfant est précis ? Les psychologues israéliens Rakefet Ackerman et Asher Koriat se sont intéressés à deux marqueurs possibles de la justesse des déclarations : l’un en est une mesure objective – le temps pris pour répondre aux questions – l’autre une mesure subjective – le niveau de certitude que l’enfant attribue à ses réponses (Ackerman & Koriat, 2011). Les enfants répondant rapidement et étant sûrs de leurs réponses seraient-ils les plus précis ?

Pour répondre à cette question, les deux chercheurs ont réalisé trois expériences auprès de jeunes participants âgés de 7-8 ans et de 10-11 ans. Dans les deux premières, ils leur ont présenté des images d’enfants, chacune d’elles étant accompagnée d’une brève description d’un évènement que l’enfant représenté était censé avoir vécu. Les jeunes sujets ont été invités à mémoriser ces associations. Pendant le test de mémoire, chaque évènement a été présenté accompagné de deux (Expérience 1) ou de cinq images (Expérience 2). Les participants avaient pour tâche de choisir l’image qui avait avait été associée à l’évènement. Dans la troisième expérience, les sujets ont visionné un diaporama décrivant un incident, accompagné d’un récit audio. Pendant le test de mémoire, les enfants ont répondu à une série de questions portant sur cette histoire. Dans toutes les expériences, les participants ont indiqué le niveau de certitude dans leurs réponses et les chercheurs ont enregistré la vitesse avec laquelle les réponses ont été données.

Les résultats ont montré que la latence des réponses a prédit la précision des témoignages : plus les enfants ont répondu rapidement, plus les déclarations ont été précises. Quand le test de mémoire était plus difficile (Expériences 2 et 3), l’association entre latence et précision était plus forte chez les enfants plus âgés. Les chercheurs ont également constaté que le niveau de confiance prédisait la précision des témoignages : plus les enfants étaient sûrs de leurs réponses, plus les déclarations étaient précises. En outre, l’analyse de données a indiqué que les enfants se sont en partie servis de la vitesse avec laquelle ils avaient répondu pour décider s’ils étaient plus ou moins certains de leurs réponses. Elle a aussi révélé que le fait de prendre en compte à la fois la latence des réponses et le niveau de certitude améliorerait l’évaluation de la précision des témoignages dans les deux groupes d’âge.

Malgré ces résultats encourageants, plusieurs limites de ces trois expériences doivent être soulignées. Premièrement, les enfants ont été interrogés à l’aide de questions à choix multiple. Or, les spécialistes du témoignage recommandent plutôt un questionnement ouvert. Reste donc à savoir si, dans ce type d’entretien, latence des réponses et niveau de certitude continuent à être des marqueurs de fiabilité des déclarations. Deuxièmement, malgré les efforts des chercheurs, les situations expérimentales choisies ne correspondent pas tout à fait aux situations de témoignages réels. En outre, l’intervalle de rétention séparant les phases de mémorisation et de test était très court. Troisièmement, les résultats ne valent que pour les groupes d’âge testés. Seraient-ils identiques chez des enfants beaucoup plus jeunes ?

À l’issue de ces trois expériences, une question pratique, qui peut paraître triviale, se pose également : qu’est-ce que cela veut dire que répondre rapidement ? Dans le cas de l’identification de suspects chez l’adulte, par exemple, des chercheurs ont montré que les témoins oculaires prenant leur décision au-delà de 10-12 secondes étaient moins précis que ceux prenant leur décision en dessous de cette frontière temporelle (Dunning & Perretta, 2002). Malheureusement, cette règle n’est pas applicable de manière aveugle, car d’autres travaux n’ont pas reproduit ce résultat et ont mis en évidence le fait que la frontière temporelle séparant identifications précises et imprécises changeait en fonction de différents facteurs (Weber et al., 2004).

Références :

Ackerman, R., & Koriat, A. (2011). Response latency as a predictor of the accuracy of children’s reports. Journal of Experimental Psychology : Applied, 17(4), 406-417.

Dunning, D., & Perretta, S. (2002). Automaticity and eyewitness accuracy : A 10- to 12-second rule for distinguishing accurate from inaccurate positive identification. Journal of Applied Psychology, 87(5), 951-962.

Weber, N., Brewer, N., Wells, G. L., Semmler, C., & Keast, A. (2004). Eyewitness identification accuracy and response latency : The unruly 10-12 second rule. Journal of Experimental Psychology : Applied, 10(3), 139-147.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Latence des réponses – Confiance – Métacognition – Mémoire – Enfant d’âges scolaire – Mineurs

À lire également sur PsychoTémoins :

Sous-rubrique Actualités de la recherche – Témoignages d’enfants

Crédit photo :

Dioboss
Certains droits réservés (licence Creative Commons)