Détecter le mensonge grâce au dessin ? [Mise à jour]

14 octobre 2011 par Frank Arnould

Dans certains cas, le dessin peut être un outil de détection du mensonge plus efficace que l’analyse des déclarations verbales.

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Faire le croquis de la scène de crime ?

Les procédures de détection du mensonge sont souvent lourdes à mettre en œuvre. Par exemple, l’Analyse de contenu sur la base de critères (CBCA) nécessite la retranscription des auditions puis un codage des déclarations par un personnel formé à la technique.

Le psychologue Aldert Vrij a imaginé avec ses collègues un nouvel outil de détection du mensonge, rapide et ne nécessitant pas de formation particulière : le dessin (Vrij et al., 2010). Dans certaines circonstances, cette méthode pourrait effectivement devenir l’allié des enquêteurs pour au moins deux raisons. Premièrement, suspects et témoins menteurs préparent souvent leur témoignage verbal afin de ne pas être pris au dépourvu par les questions des investigateurs. En revanche, ils ne s’attendent généralement pas à devoir relater les faits dans un dessin. Déroutés par cette épreuve surprise, le contenu de leurs croquis pourrait bien présenter des différences avec celui de personnes honnêtes. Deuxièmement, le dessin oblige les individus interviewés à transmettre des informations spatiales, comme la localisation de différents objets dans une pièce, tâche plus facile à réaliser par les individus sincères que par les menteurs.

Les chercheurs ont mené une première expérience afin de tester ce nouvel outil. Trente-et-un militaires et policiers sont invités à jouer le rôle d’un agent secret. Leur mission consiste à aller récupérer un paquet détenu par l’agent A. Ils sont ensuite interceptés et interrogés par un agent ami et par un agent hostile. Ils devront dire la vérité sur leur mission au premier et mentir au second. Pendant les interrogatoires, on leur propose de dessiner, avec le plus grand nombre de détails possible, le lieu de rencontre avec l’agent A.

La présence ou absence de l’agent A dans les dessins permet de classer avec exactitude 80 % des agents honnêtes et 87 % des menteurs. Dans les faits, les personnes disant la vérité incluent plus fréquemment (80 %) l’agent A dans leur croquis de la scène que les personnes tentant de tromper l’enquêteur (13 %). Les descriptions verbales honnêtes le mentionnent aussi plus souvent (53 %) que les descriptions verbales mensongères (13 %).

Personnes honnêtes et menteurs se distinguent également sur d’autres aspects de leurs dessins. Ceux des premiers sont perçus comme étant plus plausibles que ceux des seconds, une différence qui ne transparaît pas dans l’analyse des déclarations verbales. Les dessins honnêtes sont aussi plus fréquemment réalisés selon une perspective directe (comme si la personne portait une caméra à l’épaule) que les dessins mensongers (53 % versus 19 %). En revanche, les formulations verbales directes et indirectes ne permettent pas de distinguer clairement mensonge et vérité.

Aucune différence n’est constatée entre menteurs et agents honnêtes concernant le nombre de détails rapportés, aussi bien dans les dessins que dans les descriptions verbales.

Cette étude indique donc que des différences existent entre les dessins de menteurs et les dessins de personnes honnêtes. Sur certains aspects, de telles différences n’existent pas quand sont examinés les témoignages verbaux.

L’équipe d’Aldert Vrij vient de confimer dans une nouvelle étude que le dessin peut être un outil de détection du mensonge plus efficace que l’analyse des déclarations verbales (Vrij, Mann, Leal, & Fisher, à paraître). Trente-trois adultes volontaires et motivés sont interrogés sur leur profession. Une partie d’entre eux doit être sincère sur le métier exercé, alors que l’autre partie doit mentir sur son activité professionnelle. Outre la description verbale de leur profession, les participants doivent également réaliser le dessin du lieu de travail en question.

Par rapport aux dessins des personnes sincères, ceux des menteurs contiennent moins de détails, représentent un moins grand nombre d’individus sur les lieux, et moins de détails sur eux, tout en étant jugés moins plausibles. Une seule différence est constatée entre les déclarations verbales des menteurs et celles des personnes sincères : les premiers décrivent un moins grand nombre d’individus sur le lieu de travail que les seconds.

Dans certaines circonstances, concluent les chercheurs, le dessin pourrait donc bien devenir un moyen simple et rapide pour détecter le mensonge. Ils y trouvent plusieurs avantages : il ne nécessite pas la retranscription fastidieuse des auditions ou d’enregistrements complexes comme c’est le cas pour les techniques psychophysiologiques de détection du mensonge ; il peut être réalisé en peu de temps et pour un coût dérisoire ; n’exigeant pas le recours à la parole, il peut être utilisé avec des personnes qui maîtrisent mal la langue de l’interviewer ; demander à une personne de dessiner est une requête simple qui devrait limiter la contamination de la réponse par les attentes et les actions de l’enquêteur ; enfin, la précision des informations présentes dans un dessin peut être factuellement vérifiées.

Références :

Vrij, A., Mann, S., Leal, S., & Fisher, R. (à paraître). Is anyone there ? Drawings as a tool to detect deceit in occupation interviews. Psychology, Crime & Law.

Vrij, A., Leal, S., Mann, S., Warmelink, L., Granhag, P. A., & Fisher, R. P. (2010). Drawings as an innovative and successful lie detection tool. Applied Cognitive Psychology, 24(4), 587-594.

Mots clés :

Détection du mensonge – Dessin – Descriptions verbales - Adultes

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Crédit photo :

audreym
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Publié le 3 mai 2010
Mis à jour le 14 octobre 2011