Détecter le mensonge : le piège de l’imprévu

13 juin 2008 par Frank Arnould

Peut-on déceler plus facilement les menteurs en leur posant des questions inattendues ?

Les déclarations de couples menteurs sont-elles plus contradictoires que celles de couples disant la vérité ? Selon les résultats d’une étude publiée par le psychologue suédois Pär Anders Granhag et ses collègues, les propos de personnes mentant concernant une expérience commune sont plus cohérents que ceux de couples honnêtes. Cette observation, défiant le sens commun, est pourtant compréhensible. Pour paraître crédibles, les menteurs préparent plus fréquemment leurs mensonges. Ils anticipent les questions de l’enquêteur, et décident des réponses communes à y donner (Granhag, Stömwall & Jonsson, 2003).

Prenant appui sur cet argument, le psychologue Aldert Vrij et ses collaborateurs pensent que les contradictions entre menteurs devraient donc être plus fréquentes quand des questions imprévues sont posées (Vrij et al., 2009). Dans leur expérience, des étudiants sont interrogés individuellement concernant un déjeuner avec un ami pris dans un restaurant. Pour les couples honnêtes, l’évènement a réellement eu lieu. Les couples de menteurs, par contre, doivent le fabriquer et s’en servir comme alibi.

Les menteurs sont effectivement plus nombreux (65 %) que les personnes disant la vérité (30 %) à avoir préparé l’interrogatoire. Dans les questions ouvertes, que les participants ont pu facilement anticiper (par exemple, « Pouvez-vous me rapporter le plus grand nombre de détails possible de ce que vous avez fait dans le restaurant ? »), le niveau de correspondance entre propos mensongers ne se distingue pas significativement de celui constaté entre propos véridiques. Par contre, lorsqu’ils font face à des questions inattendues, les menteurs sont effectivement plus incohérents entre eux que les personnes honnêtes.

Au cours de ces requêtes imprévues, les personnes doivent répondre à des questions faisant référence à des informations d’ordre spatial ( « Par rapport à la porte d’entrée, où étiez-vous assis avec votre ami ? »), et temporel (« Qui a terminé le repas en premier, vous ou votre ami ? »). Ils doivent également réaliser un dessin du restaurant. L’analyse de la similitude des réponses aux questions spatiales et de la production graphique permet de classer avec précision 80 % et 75 % des menteurs, respectivement.

Références :

Granhag, P.A., Strömwall, L.A., & Jonsson, A.C. (2003). Partners in crime : How liars in collusion betray themselves. Journal of Applied Social Psychology, 33(4), 848-868.

Vrij, A., Leal, S., Granhag, P.A., Mann, S., Fisher, R.P., Hillman, J., & Sperry, K. (2009). Outsmarting the liars : The benefit of asking unanticipated questions. Law and Human Behavior, 33(2), 159-166.

Mots clés :

Détection du mensonge - Anticipation des questions - Questions imprévues - Dessin - Interrogatoire - Adultes