Détecter le mensonge : peut-on se fier à notre intuition ?

27 août 2009 par Frank Arnould

Les jugements intuitifs permettraient de mieux distinguer le mensonge de la vérité que les jugements réfléchis.

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Le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) pensait que le mensonge faisait de l’homme un objet de mépris !

L’intuition, mode de traitement automatique, rapide, sans effort et global des informations, a souvent mauvaise presse. Pourtant, selon les résultats publiés par des psychologues de l’Université du Texas à El Paso aux États-Unis, cette façon de traiter les situations permettrait de mieux distinguer le mensonge de la vérité que les jugements réfléchis, qui sont eux plus analytiques, plus lents et mobilisant des efforts conscients de la part des personnes (Albrechtsen, Meissner & Susa, 2009).

Dans la première expérience, des étudiants d’université doivent distinguer les propos mensongers de déclarations sincères rapportés par des prisonniers. Certains participants de l’étude visionnent seulement de courts montages vidéo d’environ 15 secondes de chaque aveu, procédure qui devrait les inciter à prendre leurs décisions de manière intuitive. Les résultats montrent que ces sujets détectent mieux le mensonge et la vérité que ceux du groupe contrôle ayant pu visualiser les aveux dans leur intégralité !

Dans la deuxième expérience, les auteurs souhaitent comparer plus directement l’avantage du traitement intuitif du mensonge sur son traitement réfléchi et délibéré. Tous les participants visionnent cette fois les enregistrements d’aveux dans leur intégralité. Cependant, certains sujets se voient contraints de réaliser une seconde tâche cognitive en même temps qu’ils visionnent les vidéos (traitement intuitif). Après chaque clip, d’autres sujets doivent fournir plusieurs raisons leur permettant de dire que le prisonnier ment ou dit la vérité (traitement réfléchi) puis prendre leur décision finale.

Les résultats indiquent que les individus abordant intuitivement les déclarations détectent avec plus de précision le mensonge et la vérité que ceux les traitant de manière réfléchie et délibérée, ces dernières personnes ne se distinguant pas significativement des sujets du groupe contrôle.

Les auteurs observent également que l’intuition conduit les participants à juger plus souvent que les prisonniers disent la vérité, tendance ne se manifestant ni dans les autres conditions de cette étude ni dans la première expérience. Ce biais de vérité a déjà été constaté par d’autres chercheurs chez les personnes sans expérience particulière dans la détection du mensonge. Plusieurs études ont noté un biais strictement inverse chez les policiers et les enquêteurs. Ceux-ci auraient plutôt tendance à croire que leur interlocuteur ment !

Les données de ces deux nouvelles études suggèrent une conclusion plutôt surprenante : nous détecterions mieux le mensonge quand nous avons un accès minimal aux informations ou quand nos ressources attentionnelles sont réduites !

Références :

Albrechtsen, J. S., Meissner, C. A., & Susa, K. J. (2009). Can intuition improve deception detection performance ? Journal of Experimental Social Psychology, 45(4), 1052-1055.

Kant, E. (1803). Traité de pédagogie. Paris : Hachette.

Mots clés :

Détection du mensonge – Intuition – Biais cognitif - Adultes

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