Détecter le mensonge : vrais ou faux traumatismes émotionnels ?

9 août 2011 par Frank Arnould

Une étude révèle que des jurés potentiels ne sont pas capables de distinguer les vraies des fausses allégations d’agressions sexuelles, même si certains d’entre eux sont plus précis que les autres.

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La recherche sur la détection du mensonge a connu un essor considérable ces dernières années. Trois-cent-quatre-vingt-neuf articles sur le sujet, publiés de 1983 à 2011, ont ainsi été répertoriés dans la base de données bibliographiques Pascal de l’INIST-CNRS.

Le fait que nous soyons de mauvais détecteurs de mensonges a été l’une des découvertes principales de ces travaux. Une méta-analyse (Bond & DePaulo, 2006) portant sur 206 expériences sur la détection du mensonge a effectivement montré que la précision des participants dans cette tâche était de 54 %, soit à peine mieux que le niveau de la chance (50 %).

Cette piètre performance vient d’être confirmée une fois de plus par une équipe de psychologues canadiens (Peace, Porter, & Almon, 2012). Dans cette étude, les participants, tous étudiants d’université, ont eu à distinguer des récits véridiques ou fabriqués d’agressions sexuelles, toutes alléguées par des adultes. Ces évènements avaient pour caractéristiques d’être bien plus traumatisants et émotionnels que ceux habituellement employés dans les travaux sur la détection du mensonge.

Les sujets ont accompli leur tâche avec un taux de précision de 45,3 %, soit un niveau inférieur à celui du niveau de la chance ! Ces jurés potentiels ont présenté un biais de vérité. Autrement dit, ils ont été plutôt enclins à croire les récits d’agressions sexuelles, même quand ceux-ci avaient été purement inventés. Les résultats ont également montré qu’il fallait se méfier de la certitude affichée par les participants. Les participants confiants ont cru qu’ils avaient identifié un grand nombre de mensonges et de récits sincères, ce que n’a pourtant pas démontré leur performance réelle.

Les chercheurs ont observé que certains traits de personnalité étaient associés à la capacité à déceler le niveau de sincérité des récits. Ainsi, le fait d’être ouvert aux expériences a été positivement associé à la précision globale des jugements et à la capacité à détecter la vérité (mais pas le mensonge). Le neuroticisme, c’est-à-dire la tendance à éprouver durablement des émotions négatives, a été associé positivement à la détection de l’honnêteté, alors que l’extraversion s’est révélée l’être négativement (ainsi qu’avec la précision globale des jugements).

La capacité à détecter le mensonge chez autrui ne dépendrait donc pas exclusivement des caractéristiques et du comportement du menteur. Au moins modestement, ont conclu les chercheurs, celle-ci serait aussi influencée par la personnalité des « détecteurs ».

Références :

Bond, C. F., & DePaulo, B. M. (2006). Accuracy of deception judgements. Personality and Social Psychology Review, 10(3), 214-234. doi:10.1207/s15327957pspr1003_2

Peace, K. A., Porter, S., & Almon, D. F. (2012). Sidetracked by emotion : Observers’ ability to discriminate genuine and fabricated sexual assault allegations. Legal and Criminological Psychology, 17(2, 322-335. doi:10.1111/j.2044-8333.2011.02013.x

Mots clés :

Détection du mensonge - Témoignage oculaire - Personnalité - Modèle en cinq facteurs de la personnalité - Adultes

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