• Accueil
  • Actualités
  • Détection du mensonge : l’imagerie cérébrale est-elle persuasive ?

Détection du mensonge : l’imagerie cérébrale est-elle persuasive ?

28 juillet 2011 par Frank Arnould

L’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle du cerveau est la technique de détection du mensonge qui influencerait le plus la décision des jurés concernant la culpabilité de l’accusé.

PNG - 71.6 ko

En France, les neurosciences ont fait leur apparition dans le projet de loi de bioéthique, adopté par le Sénat le 23 juin 2011 [1]. Son article 45 indique notamment que l’imagerie cérébrale peut être utilisée dans le cadre d’expertises judiciaires.

La détection du mensonge est l’une des applications possibles de la neuroimagerie en justice. Plus précisément, l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) permettrait de décider quand une personne ment en fonction des zones de son cerveau qui s’activent. Plusieurs équipes ont lancé des programmes de recherche sur le sujet. Des systèmes d’IRMf destinés à la détection du mensonge sont d’ores et déjà commercialisés aux États-Unis.

Une telle utilisation de l’IRMf reste controversée et ne fait pas l’unanimité au sein de la communauté scientifique. Pourtant, des données de neuroimagerie, présentées aux jurés d’un procès, pourraient être particulièrement persuasives, puisqu’elles suggèrent un lien direct entre le fonctionnement du cerveau et le comportement de l’accusé. C’est effectivement ce que vient de découvrir une équipe de psychologues américains (McCabe, Castel, & Rhodes, 2011).

Trois-cent-trente étudiants d’université ont pris part à l’expérience. Ils ont lu le résumé d’un procès, dans lequel un homme était accusé du double meurtre de son ex-épouse et de l’amant de celle-ci. L’accusé a été déclaré plus souvent coupable par les jurés potentiels ayant pris connaissance d’une version du procès contenant des preuves d’IRMf, indiquant que le sujet avait menti en niant le double assassinat [2], comparativement aux jurés ayant été confrontés à des versions dans lesquelles d’autres technologies de détection du mensonge avaient été utilisées (polygraphe ou imagerie thermique) ou à une version contrôle, dans laquelle les données d’aucune de ces trois méthodes n’avaient été présentées. Toutefois, quand la validité des résultats d’IRMf a été mise en cause pendant le procès, le nombre de verdicts de culpabilité est tombé au niveau de celui de la situation contrôle.

Malgré les limites de l’expérience, les chercheurs ont montré pour la première fois que les preuves issues d’IRMf, au moins dans certaines circonstances, sont plus persuasives que celles provenant d’autres technologies de détection du mensonge, où le lien entre cerveau et comportement apparaît comme étant moins direct. L’ influence des preuves d’IRMf sur la décision de jurés peut néanmoins être réduite, dès lors que la fiabilité de la technique est remise en question.

Référence :

McCabe, D. P., Castel, A. D., & Rhodes, M. G. (2011). The influence of fMRI lie detection evidence on juror decision-making. Behavioral Sciences & the Law, 29(4), 566-577.

Mots clés :

Détection du mensonge – Neuroimagerie – IRMf – Juré – Procès – Preuve – Culpabilité

À lire également sur PsychoTémoins :

Sous-rubrique Actualités de la recherche – Mensonge et détection du mensonge

Sous-rubrique Actualités de la recherche – Jurys et jurés

Les efforts du mensonge dans le cerveau

Tromper le détecteur cérébral de mensonges

[Procès] États-Unis : Rejet de la détection du mensonge par neuroimagerie fonctionnelle

Sur le web :

Centre d’analyse stratégique : perspectives scientifiques et éthiques de l’utilisation des neurosciences dans le cadre des procédures judiciaires. Décembre 2009.

Crédit photo :

Image Editor
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)


[1] http://www.senat.fr/leg/tas10-146.html

[2] Celles-ci indiquaient que les régions frontales du cerveau de l’accusé s’étaient plus fortement activées en niant les meurtres qu’en répondant honnêtement à d’autres questions.