Détection du mensonge : provoquer l’incohérence

30 septembre 2010 par Frank Arnould

Peut-on mieux déceler le mensonge en traquant les incohérences entre déclarations verbales du suspect et croquis des faits ?

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Le croquis des lieux comme aide à la détection du mensonge ?

Une nouvelle technique de détection du mensonge a été mise au point par une équipe de psychologues de l’Université de Miami, aux États-Unis, et de l’Université de Portsmouth, au Royaume-Uni (Leins, Fisher, Vrij, Leal, & Mann, 2011).

Son principe repose sur l’analyse de la cohérence entre les déclarations verbales du suspect et le dessin des faits. Les menteurs peuvent, en effet, tirer avantage d’un interrogatoire verbal répété en réitérant simplement les propos qu’ils ont déjà tenus. Leurs déclarations paraissent ainsi cohérentes d’un interrogatoire à l’autre.

Par contre, demander le rappel des faits selon deux modalités différentes, verbalement puis à l’aide d’un croquis (ou vice versa), rendrait cette stratégie plus difficile à mettre en œuvre. Les psychologues estiment qu’un plus grand nombre d’incohérences entre réponses verbales et dessin devraient, de ce fait, être présent chez les menteurs que chez les personnes honnêtes.

Deux expériences permettent aux chercheurs de tester l’efficacité de cette nouvelle procédure. Au cours de la première étude, les participants sont interrogés à propos d’un déjeuner pris dans un restaurant et devant prouver qu’ils n’ont pas pu commettre un vol d’argent dont ils sont soupçonnés. Certains sujets ont bien déjeuné au moment des faits, ce qui n’est pas le cas des autres individus qui doivent inventer cet alibi.

L’interrogatoire est d’abord imagé, les « suspects » devant réaliser un croquis du restaurant, puis verbal, différentes questions spatiales leur étant posées sur les objets censés être présents dans le restaurant.

Conformément aux attentes des chercheurs, les menteurs sont effectivement plus incohérents que les personnes honnêtes quand sont comparés les faits rapportés dans le dessin à ceux présents dans les déclarations verbales. L’analyse de la cohérence permet de classer correctement 80 % des personnes honnêtes et 70 % des menteurs.

Au cours de la deuxième étude, les participants doivent dire la vérité ou mentir à propos de différentes activités auxquelles ils sont censés avoir pris part dans une salle du laboratoire de psychologie. Un premier interrogatoire verbal comporte différentes questions spatiales sur les objets présents, lequel est suivi d’un interrogatoire imagé, les participants étant priés de dessiner l’agencement de la pièce.

Là encore, les menteurs sont plus incohérents que les personnes honnêtes quand leurs déclarations verbales sont comparées à leurs dessins de la salle d’expérimentation. L’analyse de la cohérence permet de classer correctement 100 % des personnes honnêtes et 77 % des menteurs.

Ces résultats sont, a priori, prometteurs. Les menteurs paraissent plus incohérents que les personnes honnêtes quand ils sont forcés à rappeler les faits selon deux modalités différentes, verbalement et de manière imagée.

Cependant, la méthode n’est pas infaillible. Un proportion non négligeable de menteurs n’a pas été détectée. De plus, dans certaines situations, les incohérences de personnes honnêtes pourraient aussi être plus nombreuses, en particulier quand s’allonge le délai séparant les différents interrogatoires.

Référence :

Leins, D., Fisher, R.P., Vrij, A., Leal, S., & Mann, S. (2011). Using sketch drawing to induce inconsistency in liars. Legal and Criminological Psychology, 16(2), 253-265.

Mots clés :

Détection du mensonge – Interrogatoire répété – Croquis – Interrogatoire verbal – Alibi – Adultes

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