Effet de focalisation sur l’arme : les données revisitées

26 juillet 2011 par Frank Arnould

Les témoins oculaires se souviennent moins bien de certains faits quand le malfaiteur a brandi une arme. N’est-ce qu’un phénomène de laboratoire, observé uniquement dans des conditions contrôlées et sans conséquence sur le terrain ?

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Les témoins oculaires focaliseraient leur attention sur l’arme brandie par le malfaiteur, ce qui les empêcherait de se souvenir par la suite d’autres détails que celui-là, comme, par exemple, l’apparence physique de l’agresseur. Ce phénomène a été détecté essentiellement dans des études contrôlées en laboratoire, mais presque jamais sur le terrain. L’équipe de recherche dirigée par Jonathan Fawcett, du département de psychologie de l’Université Dalhousie à Halifax, au Canada, a confirmé cette observation en procédant à une revue de chacune des recherches publiées sur le sujet.

Cependant, une image différente est apparue quand les chercheurs ont soumis ces travaux à une méta-analyse. Une méta-analyse permet de résumer les données statistiques de recherches portant sur le même sujet et d’évaluer l’ampleur d’un effet. En l’occurrence, un effet modéré de focalisation de l’arme sur la mémoire des témoins a été décelé grâce à cette méthode, sans que celui-ci ne soit en fait influencé par le type d’étude (études en laboratoire, de simulation [1] et crimes réels).

Les chercheurs se sont également penchés sur la controverse théorique concernant l’effet de focalisation sur l’arme. Certains psychologues l’ont expliqué en arguant qu’une arme constitue un stimulus menaçant, à l’origine d’un niveau plus élevé d’éveil physiologique. Cette augmentation de l’éveil, selon l’hypothèse émise dès 1959 par Easterbrook, provoquerait alors une réduction des informations qu’une personne peut traiter simultanément. Par conséquent, seuls sont utilisés les indices sur lesquels se focalise son attention. D’autres psychologues ont proposé l’idée selon laquelle les témoins oculaires concentrent leur attention sur l’arme parce Quecelle-ci constitue un élément insolite, inhabituel.

En fait, la méta-analyse réalisée par l’équipe canadienne a surtout montré les limites de ces orientations théoriques, aucune des deux ne permettant d’expliquer avec satisfaction l’effet de focalisation sur l’arme. Soit un élément commun sous-jacent à ces deux facteurs en serait responsable, soit il serait une propriété émergente de leur interaction, ont avancé les chercheurs.

Références :

Easterbrook, J. A. (1959). The effect of emotion on cue utilization and the organization of behavior. Psychological Review, 66(3), 183-201.

Fawcett, J. M., Russell, E. J., Peace, K. A., & Christie, J. (2013). Of guns and geese : a meta-analytic review of the ‘weapon focus’ literature. Psychology, Crime & Law, 19(1), 35-66.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Mémoire – Focalisation sur l’arme – Émotion – Menace – Éveil – Stimulus inhabituel – Cognition – Étude sur le terrain – Étude en laboratoire – Étude de simulation – Rappel – Identification de suspects.

Crédit photo :

PeteSwede
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[1] Dans les études en laboratoire, les participants visionnent un enregistrement vidéo ou des diapositives d’un crime ; dans les études de simulation, ils sont confrontés en direct à une situation de témoignage, mise en scène à leur insu par les chercheurs.