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Effet de focalisation sur l’arme : l’hypothèse de la capture attentionnelle

6 décembre 2006 par Frank Arnould

Un témoin aurait tendance à diriger son attention sur l’arme que brandit un malfaiteur, détériorant ainsi sa mémoire des autres aspects de la scène du crime, dont celle du visage du délinquant. Cet effet de focalisation sur l’arme a été confirmé par plusieurs travaux expérimentaux, mais son explication reste l’objet de débats.

Pickel, Ross et Truelove (2006) ont testé une hypothèse possible : une arme étant un élément inhabituel, inattendu, elle capterait l’attention du témoin de manière automatique, involontaire et sans que celui-ci en ait forcément conscience.

Dans deux expériences, un cours informait les sujets soit sur l’effet de la présence d’une arme sur la mémoire soit sur un autre domaine de la psychologie du témoignage (groupe contrôle). Tous les participants étaient ensuite confrontés à un homme qui tenait une arme ou un livre.

Les sujets du groupe contrôle (non informés) manifestaient bien un effet de focalisation sur l’arme : leur mémoire de l’homme était bien meilleure lorsque celui-ci brandissait un livre plutôt qu’une arme. De plus, leurs souvenirs de l’arme étaient plus précis que ceux du livre.

Les participants informés sur l’effet de la présence d’une arme sur la mémoire rapportaient autant de détails corrects et incorrects sur l’homme lorsqu’une arme ou un livre étaient tenus par ce dernier. L’hypothèse des auteurs n’est ainsi pas confirmée : les témoins qui ont été informés des conséquences sur la mémoire de la présence d’une arme ont été en mesure d’y résister. La présence d’une arme ne capte donc pas obligatoirement l’attention de manière automatique, involontaire.

D’autres données vont dans le même sens. Nous avons vu plus haut que l’hypothèse repose sur l’idée que des stimuli inhabituels, inattendus captent l’attention des sujets. Or, l’Expérience 1 montre que le fait de brandir une arme peu habituelle par rapport à une arme plus courante n’avait pas, globalement, d’effets significatifs.

Les auteurs ont également montré qu’un niveau plus élevé d’anxiété des témoins (Expérience 2), n’affectait pas non plus de manière significative les résultats. Ceci n’est pas étonnant. L’hypothèse alternative à celle de la capture attentionnelle est de considérer qu’une arme est un stimulus menaçant qui augmenterait le niveau d’anxiété des témoins. L’attention des sujets serait alors focalisée sur les détails centraux (l’arme) et moins sur les détails périphériques. Cependant, la littérature expérimentale ne confirme pas forcément cette seconde hypothèse.

Référence :

Pickel, K.L., Ross, S.J., & Truelove, R.S. (2006). Do weapons automatically capture attention ? Applied Cognitive Psychology, 20, 871-893.

Mots-clés :

Effet de focalisation sur l’arme, Témoignage oculaire, Mémoire, Anxiété, Emotion, Capture attentionnelle, Attention visuelle, Traitement automatique, Cognition

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