Effet durable des suggestions sur le témoignage d’enfants

16 juillet 2009 par Frank Arnould

Les suggestions faites aux enfants peuvent continuer à influencer leur mémoire une année après l’entretien.

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De nombreuses études montrent que les enfants, en particulier les plus jeunes d’entre eux, sont susceptibles d’introduire dans leurs souvenirs des informations suggérées par l’interviewer. Ces suggestions peuvent être correctes, faisant référence à des détails authentiques. Elles peuvent aussi introduire des informations fausses et trompeuses.

Au cours de deux expériences publiées dans le numéro d’août 2009 de la revue Law and Human Behavior, les psychologues Kamala London, Maggie Bruck et Laura Melnyk s’intéressent aux effets à long terme de ces suggestions sur le témoignage d’enfants.

Dans la première étude, les jeunes participants, âgés de 4 à 6 ans, prennent part à un spectacle de magie. Seize et vingt-huit jours plus tard, ils sont interrogés par une personne leur suggèrant des informations correctes et trompeuses. Douze jours et quinze mois après le dernier entretien suggestif, les enfants doivent essayer de se remémorer le spectacle. Lorsqu’ils en font un compte rendu libre, ils intègrent aussi bien les suggestions correctes qu’incorrectes dans le premier test à 12 jours. Le nombre de ces informations induites diminue significativement dans le rappel effectué plusieurs mois plus tard.

Par contre, lorsque les enfants doivent juger par oui ou non la réalité de différents détails du spectacle (test de reconnaissance), les deux formes de suggestions façonnent durablement les réponses. La deuxième expérience confirme ces résultats. Les enfants sont ici âgés de 4 à 9 ans, ne participent qu’à un seul entretien suggestif, suivi par des tests de mémoire une semaine et dix mois plus tard.

En résumé, les suggestions correctes et incorrectes ne contamineraient pas durablement les témoignages d’enfants quand ils se souviennent librement d’un évènement autobiographique. En revanche, elles continueraient à influencer leurs réponses à des questions de reconnaissance un an après l’interrogatoire suggestif.

Ces données devraient inciter les professionnels chargés d’interroger des enfants à utiliser préférentiellement les questions ouvertes. Le recours aux questions de reconnaissance ne devrait être envisagé que pour des demandes de précision concernant des propos relatés par l’enfant lui-même. Avant d’émettre un avis sur la sincérité de déclarations, un enquêteur devrait toujours garder à l’esprit que son jeune interlocuteur peut avoir été interrogé précédemment de manière suggestive.

Référence :

London, K., Bruck, M., & Melnyk, L. (2009). Post-event information affects children’s autobiographical memory after one year. Law and Human Behavior, 33(4), 344-355.

Mots clés :

Témoignage oculaire - Mémoire autobiographique - Suggestibilité - Faux souvenirs induits -Rappel libre - Reconnaissance - Questions ouvertes - Cognition - Facilitation - Mineurs - Enfants d’âge préscolaire - Enfants d’âge scolaire

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Crédit photo :

Valerie Everett
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