Emotion et crédibilité de la victime : le point de vue de jurés

7 février 2008 par Frank Arnould

Les discussions entre jurés au cours de la délibération atténuent l’effet des émotions affichées par la victime sur leur jugement.

En 2006, Ellen Wessel et son équipe de recherche ont montré que l’expertise professionnelle de juges norvégiens leur permet d’évaluer la crédibilité d’une victime de viol à partir des faits exposés dans son témoignage. Ils ne sont pas influencés par les émotions qu’elle exprime (Wessel, Drevland, Eilertsen, & Magnussen, 2006). Une expérience récente indique qu’un jury, au cours de la simulation d’un procès, réagit de la même façon après délibération (Dahl et al., 2007). Le témoignage de la victime est jugé crédible, peu importe le mode d’expression des émotions l’accompagnant. Après la délibération, les jurés, individuellement, restent influencés par les discussions qui ont eu lieu.

Le tableau est bien différent chez les jurés qui prennent leur décision seuls. Ils jugent la victime plus crédbile lorsqu’elle exprime des émotions en accord avec le crime subi. Ils sont relativement plus soupçonneux quand le même témoignage est exposé de manière émotionnellement neutre. Ils doutent encore relativement plus lorsqu’il est accompagné d’émotions ne concordant pas avec la situation pénible qui est décrite.

Les auteurs pensent que les discussions pendant la délibération permettent aux jurés de neutraliser l’influence des stéréotypes et préjugés sociaux. Elles les conduisent ainsi à juger la crédibilité d’une victime en se basant sur les faits qu’elle relate, en atténuant l’effet des émotions qu’elle affiche pendant son témoignage.

Un peu de méthode

Dans l’expérience de Janne Dahl et de ses collaborateurs, les jurés sont confrontés à l’une des trois versions du témoignage d’une jeune femme victime d’un viol, versions qui diffèrent uniquement en fonction des émotions qu’elle exprime :

- Emotions concordantes : la victime est désespérée, sanglote, donne l’impression qu’elle essaye de garder le contrôle d’elle-même ;
- Témoignage émotionnellement neutre : la victime raconte le viol de manière plate, s’en tenant aux faits ;
- Emotions non concordantes : la victime exprime des émotions positives et paradoxales avec la gravité des sévices subis.

Les jurés croient initialement que le témoignage est réel. Il est en fait joué par une comédienne professionnelle. Ils n’en sont informés qu’à la fin de l’expérience.

Références :

Dahl, J., Enemo, I., Drevland, G. C. B., Wessel, E., Eilertsen, D. E., & Magnussen, S. (2007). Displayed emotions and witness credibility : A comparison of judgements by individuals and mock juries. Applied Cognitive Psychology, 21, 1145-1155.

Wessel, E., Drevland, G. C. B., Eilertsen, D. E., & Magnussen, S. (2006). Credibility of the emotional witness : A study of ratings by court judges. Law and Human Behavior, 30, 221-230.

Mots-clés :

Crédibilité d’une victime, Témoignage, Expression des émotions, Jurés, Délibération, Adultes

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