• Accueil
  • Actualités
  • Emotion et crédibilité de la victime : le point de vue de policiers.

Emotion et crédibilité de la victime : le point de vue de policiers.

12 mars 2008 par Frank Arnould

Une étude norvégienne montre que les policiers sont sensibles à la forme des émotions qu’affiche une victime pour juger la crédibilité de son témoignage.

Depuis quelques années, des psychologues norvégiens ont entrepris d’étudier la perception de la crédibilité d’une victime en fonction des émotions non verbales qu’elle affiche pendant son témoignage. Le principe général des expériences est de présenter aux participants une vidéo dans laquelle une femme raconte le viol dont elle a été la victime [1]. La description verbale du crime est identique dans tous les films, mais la victime se comporte de trois manières différentes. Soit elle manifeste des émotions en accord avec la sévérité du crime subi (sanglote, paraît désespérée, essaye de garder le contrôle d’elle-même), soit elle raconte les faits de façon émotionnellement neutre, soit elle affiche des émotions positives et paradoxales en rapport avec la gravité des événements.

Ces études ont permis de faire une découverte intéressante. L’effet des émotions de la victime sur la perception de sa crédibilité dépend de la population de personnes qui doit effectuer ce jugement. Des juges norvégiens (Wessel, Drevland, Eilertsen, & Magnussen, 2006) pensent que la victime est crédible, peu importe le type d’émotion qu’elle manifeste. Ils s’en tiennent donc aux faits. Par contre, des étudiants norvégiens jugent, certes, le témoignage de la victime crédible, mais encore plus quand les émotions exprimées sont congruentes avec la gravité du crime. Il est jugée relativement moins vraisemblable quand il est exposé de façon émotionnellement neutre, et l’est relativement encore moins lorsque les émotions exprimées ne sont pas congruentes (Dahl et al., 2007 ; Kaufmann, Drevland, Wessel, Overskeid, & Magnussen, 2003).

Des policiers norvégiens ont participé à une expérience similaire, dont les résultats viennent d’être publiés dans la revue Psychology, Crime, & Law (Bollingmo, Wessel, Eilertsen, & Magnussen, 2008). Ces professionnels du crime se comportent-ils comme les juges ? Non ! Ils perçoivent aussi la crédibilité de la jeune femme en fonction de la forme des émotions qu’elle affiche, de la même manière que les étudiants. En outre, ces deux groupes de participants ne sont apparemment pas conscients d’être influencés de la sorte ! Ils partagent donc les mêmes croyances et stéréotypes sur les comportements non verbaux qu’est censée manifester une victime de viol [2]. Pourtant, l’observation de victimes réelles de violence sexuelle montre une grande diversité dans l’expression des émotions au cours du témoignage. Certaines manifestent clairement leur désarroi, d’autres se comportent d’une manière plus calme et contrôlée.

Références :

Bollingmo, G. C., Wessel, E., Eilertsen, D. E., & Magnussen, S. (2008). Credibility of the emotional witness : A survey of ratings by police investigators. Psychology, Crime & Law, 14(1), 29-40.

Dahl, J., Enemo, I., Drevland, G. C. B., Wessel, E., Eilertsen, D. E., & Magnussen, S. (2007). Displayed emotions and witness credibility : A comparison of judgements by individuals and mock juries. Applied Cognitive Psychology, 21(9), 1145-1155.

Kaufmann, G., Drevland, G. C. B., Wessel, E., Overskeid, G., & Magnussen, S. (2003). The importance of being earnest : Displayed emotions and witness credibility. Applied Cognitive Psychology, 17(1), 21-34.

Wessel, E., Drevland, G. C. B., Eilertsen, D.E., & Magnussen, S. (2006). Credibility of the emotional witness : A study of ratings by court judges. Law and Human Behavior, 30(2), 221-230.

Mots-clés :

Crédibilité de la victime, Abus sexuel, Policiers, Perception sociale, Comportements non verbaux

A lire aussi sur PsychoTémoins :

Mythe n° 2. Les victimes sont crédibles quand elles s’expriment avec émotion

Emotion et crédibilité de la victime : le point de vue de jurés

Emotion et crédibilité de la victime : le point de vue de juges


[1] Les expérimentateurs font croire aux participants qu’il s’agit d’un témoignage réel alors que le rôle est joué par une comédienne professionnelle. Ils en sont informés à la fin de l’expérience.

[2] Une étude montre que l’effet de ces stéréotypes et croyances est neutralisé chez des étudiants quand ils participent à des jurys expérimentaux après délibération (Dahl et al., 2007).