Emotion et crédibilité de la victime : le point de vue de juges

6 juin 2006 par Frank Arnould

Les juges évaluent la crédibilité d’une victime en s’en tenant aux faits, indépendamment des émotions qu’elle exprime.

Dans une étude de Wessel, Drevland, Eilerstsen & Magnussen, parue dans Law and Human Behavior, on faisait croire à des juges norvégiens qu’ils allaient visionner une vidéo d’un véritable interrogatoire de police d’une jeune femme. Celle-ci racontait avoir été violée par un homme après un dîner au cours duquel du vin avait été consommé. En fait, le rôle de la victime était interprété par une actrice professionnelle (ce que les juges apprendront à la fin de l’expérience), et trois scénarios ont été filmés :

- la victime s’exprimait avec des sanglots, hésitait, essayait de garder le contrôle d’elle-même (condition concordante) ;
- l’expression des émotions était neutre (condition neutre) ;
- la victime riait, exprimait des émotions positives et paradoxales par rapport à l’événement subi, elle parassait détendue et souriante à la caméra (condition non concordante).

Quel que soit le scénario auquel ils avaient été confontés, les juges estimaient que le témoignage était crédible. Ils n’étaient donc pas influencés par l’expression émotionnelle de la victime. Ce résultat divergeait de celui obtenu avec des personnes qui n’étaient pas des professionnels de la justice. Cette population estimait que le témoignage était plus crédible lorsque les émotions exprimées étaient concordantes avec la sitation vécue. Les juges de l’étude ne semblaient pas partager ce stéréotype.

Les juges devaient également décider de la culpabilité du suspect. L’expression émotionnelle n’avait pas d’effet significatif lorsqu’ils devaient choisir entre "coupable" et "non coupable".

Ainsi, contrairement à des sujets "naïfs", les juges de cette étude, grâce à leur expérience professionnelle, étaient capables d’écarter des informations non pertinentes et de s’en tenir aux faits pour juger de la crédibilité d’un témoignage et de la culpabilité d’un suspect.

Référence :

Wessel, E., Drevland, G.C.B., Eilertsen, D.E., & Magnussen, S. (2006). Credibility of the emotional witness : A study of ratings by court judges. Law and Human Behavior, 30, 221-230.

Mots-clés :

Témoignage, Victime, Crédibilité, Emotion, Juge, Adultes

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