Emotion et mémoire des visages

26 octobre 2010 par Frank Arnould

Le contexte émotionnel influencerait la manière dont sont codés les visages en mémoire.

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Le britannique Francis Galton (1822-1911) est certainement le premier homme de science à avoir compris qu’un visage est préférentiellement perçu comme un tout.

Nous traitons géneralement un visage comme un tout indivisible. Cependant, l’attention portée sur les caractéristiques globales (holistiques) ou locales (les traits) du visage dépendrait du contexte émotionnel. Cette découverte, issue du travail de psychologues américains, repose sur les résultats de deux expériences (Bridge, Chiao, & Paller, 2010).

Les participants ont tout d’abord pour tâche de mémoriser une série de visages féminins et masculins. Chaque visage, n’exprimant aucun signe affectif particulier, est associé à une information émotionnelle heureuse (par exemple, « Caroline a gagné à la loterie, ce qui lui permettra de combler la dette de sa famille ») ou triste (par exemple, « Le meilleur ami de Tom est décédé subitement il y a quelques jours »).

Les participants sont ensuite conviés à une épreuve de mémoire. Ils doivent reconnaître les visages étudiés parmi de nouveaux visages. Les visages du test sont présentés à l’endroit ou renversés. Cette dernière modalité de présentation est connue pour perturber l’extraction des informations globales des visages.

Les résultats suggèrent que le contexte heureux favoriserait l’exploitation des caractéristiques faciales globales. En effet, les sujets reconnaissent mieux les visages présentés à l’endroit quand ils ont été associés à une situation joyeuse qu’à une situation émotionnellement douloureuse. Les situations tristes, part contre, encourageraient le codage des traits composant les visages. Les visages présentés à l’envers sont mieux reconnus quand ils ont été associés à une situation triste qu’à un contexte joyeux.

Puisque les visages n’exprimaient aucune émotion particulière, ces données, concluent les auteurs, prouvent que la mémoire peut être modulée par des émotions activées pendant la phase de mémorisation, indépendamment des indices émotionnels inhérents aux stimuli (p. 131).

Référence :

Bridge, D. J., Chiao, J. Y., & Paller, K. A. (2010). Emotional context at learning systematically biases memory for facial information. Memory & cognition, 38(2), 125.

Mots clés :

Reconnaissance des visages – Codage – Émotion – Traitement holistique – Traitement configural – Traitement analytique – Adultes

Crédit photo :

Wikimedia Commons