Enquête européenne sur les faux aveux

15 décembre 2009 par Frank Arnould

Une étude menée auprès d’une large population d’adolescents européens clarifie certains facteurs de risque individuel pouvant conduire aux faux aveux.

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Pourcentage de faux aveux chez les adolescents interrogés par la police dans sept pays européens (d’après les données de Gudjonsson et coll., 2009)

Bien qu’il n’existe pas de statistiques suffisamment précises pour estimer l’ampleur du phénomène, les faux aveux au cours d’interrogatoires policiers pourraient être plus fréquents qu’on ne le croit. Selon des données américaines, 20 à 25 % des personnes disculpées par des analyses ADN ont été condamnées après avoir confessé un crime qu’elles n’avaient pas commis (Kassin, 2008). Ces affaires judiciaires ne seraient que la partie émergée de l’iceberg.

Depuis plusieurs années, les psychologues se sont emparés du problème et ont fait plusieurs découvertes (voir Kassin, 2008, pour une revue de la littérature scientifique). Ils ont constaté que certaines techniques d’interrogatoire policier poussent plus facilement aux faux aveux que d’autres. Ils ont également observé que toutes les personnes ne sont pas égales face au risque de fausses confessions. C’est notamment ce que révèle une enquête réalisée auprès de 24 627 adolescents résidant dans sept pays européens : Islande, Norvège, Finlande, Lettonie, Lituanie, Russie et Bulgarie (Gudjonsson, Sigurdsson & Sigfusdottir, 2009).

Sur les 2 726 participants ayant indiqué avoir été interrogés par la police, 13,8 % d’entre eux ont révélé avoir fait de faux aveux. Ces fausses confessions étaient plus fréquentes chez les garçons (15,8 %) que chez les filles (11,6 %). Elles étaient également plus nombreuses quand les suspects étaient interrogés à plusieurs reprises (20,2%) plutôt qu’une seule fois (11,5 %)

Aussi bien chez les filles que chez les garçons, avoir été victime d’attaque et d’intimidation, participé à un traitement contre l’abus de substance et commis un cambriolage se sont avérés être des éléments permettant de distinguer faux confesseurs et non faux confesseurs. Un facteur additionnel a permis également de prédire les faux aveux chez les garçons : avoir été agressé sexuellement par un adulte hors milieu familial. Chez les filles, avoir envisagé sérieusement le suicide a constitué un élément discriminant supplémentaire.

Références :

Gudjonsson, G. H., Sigurdsson, J. F., & Sigfusdottir, I. D. (2009). Interrogation and false confessions among adolescents in seven European countries. What background and psychological variables best discriminate between false confessors and non-false confessors ? Psychology, Crime & Law, 15(8), 711-728.

Kassin, S.M. False confessions : Causes, consequences, and implications for reform. Current Directions in Psychological Science, 17(4), 249-253.

Mots clés :

Faux aveux - Etude européenne - Facteur de risque - Interrogatoire de police - Adolescents

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