Enquêtes criminelles et biais de confirmation

6 janvier 2010 par Frank Arnould

Nous avons tendance à rechercher des informations confirmant une hypothèse au détriment de celles pouvant l’infirmer. Les policiers sont-ils protégés contre ce biais au cours de leurs enquêtes criminelles ?

PNG - 76 ko

Quand nous testons une hypothèse, nous avons tendance à rechercher les informations la confirmant en négligeant celles pouvant l’infirmer. Ce phénomène est constaté dans des domaines aussi divers que le jugement social, la résolution de problèmes logiques, la prise de décision ou encore le raisonnement médical.

Les enquêtes judiciaires pourraient bien ne pas échapper à ce biais de confirmation. C’est ce que montre une série d’expériences publiée par Barbara O’Brien, de l’Université d’État du Michigan, aux États-Unis.

Dans la première étude, des étudiants sont invités à lire le compte rendu d’une affaire criminelle concernant un homicide. Certains participants doivent désigner un suspect à mi-lecture, les autres ne le faisant qu’après la lecture complète du dossier.

Les résultats montrent que la formulation précoce d’une hypothèse exacerbe la tendance à interpréter les éléments de l’enquête comme des preuves en faveur du suspect choisi. Les personnes placées dans cette situation recommandent même plus volontiers à la police de rechercher de nouveaux éléments allant dans cette direction, même quand elles prennent connaissance de nouveaux faits remettant en cause la culpabilité du suspect désigné.

La deuxième étude suggère qu’une technique d’interrogatoire permettrait de réduire ce biais de confirmation chez les personnes ayant formulé précocement une hypothèse. Elle consiste à les inciter à considérer également les raisons pour lesquelles le suspect qu’elles pensent coupable pourrait être innocent. Une autre technique s’avère, par contre, inefficace : demander aux personnes de lister trois suspects et de fournir les preuves en faveur et en défaveur de leur culpabilité respective.

Les participants à ces études ne sont pas du tout des experts de l’enquête criminelle. Cet aspect pourrait bien limiter la portée des résultats obtenus. Néanmoins, une étude récente montre que même des policiers expérimentés ne sont pas forcément protégés contre le biais de confirmation (Ask & Granhag, 2007)

Références :

Ask, K., & Granhag, P. A. (2007). Motivational bias in criminal investigators’ judgments of witness reliability. Journal of Applied Social Psychology, 37(3), 561-591.

O’Brien, B. (2009). Prime suspect : An examination of factors that aggravate and counteract confirmation bias in criminal investigations. Psychology, Public Policy, and Law, 15(4), 315-334.

Mots clés :

Interrogatoire de suspect – Biais de confirmation – Culpabilité – Cognition – Instruction à charge et à décharge - Adultes

À lire également sur PsychoTémoins :

Un biais au cours de l’interrogatoire d’un suspect ?

Sous-rubrique Actualités de la recherche - Entretiens et interrogatoires

Crédit photo :

Citizensheep
Certains droits réservés (Licence Creative Commons)