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Enregistrement filmé des témoignages d’enfants : question de perspective

10 novembre 2008 par Frank Arnould

Un enfant est perçu différemment selon la perspective de la caméra filmant son témoignage.

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Les psychologues suédois Sara Landström et Pär Anders Granhag publient les résultats d’une étude dans laquelle des enfants âgés de 8 à 9 ans sont interrogés à propos d’une expérience réelle ou d’un évènement rapporté par un camarade, mais qu’ils doivent raconter comme s’ils l’avaient eux-mêmes vécu. Certains enfants disent donc la vérité, alors que les autres mentent. Chaque témoignage est filmé par quatre caméras permettant d’obtenir différentes perspectives (gros plan/Enfant seul ; Plan large/Enfant seul ; Plan large/Enfant et intervieweur ; Plan plus large/Enfant et intervieweur).

Les chercheurs constatent que des observateurs adultes (qui pourraient être jurés) perçoivent un enfant plus négativement quand il est filmé en gros plan (visage et épaules visibles, caméra positionnée à 1 m du témoin). Il leur semble, en effet, qu’il réfléchit plus durement. Ils jugent son comportement plus naturel et plus détendu quand il est filmé avec le plan le plus large (corps entier de l’enfant et de l’enquêteur visible, caméra placée à 7 m des deux protagonistes).

« Cette étude, en accord avec des recherches antérieures […], montre que la perspective de la caméra devrait être considérée avec précaution par les personnes chargées d’établir et/ou de réformer les standards des interrogatoires de police ou des procédures utilisées dans les tribunaux », concluent les auteurs (p. 394, notre traduction).

L’illusion de causalité

Les psychologues Shelley Taylor et Susan Fiske ont fait une découverte surprenante, consignée dans un article paru en 1975 dans la revue Journal of Personality & Social Psychology. Dans l’une de leurs deux expériences, par exemple, des étudiants sont invités à observer une conversation entre deux individus A et B. Les participants ne pouvant voir que le visage de l’individu A juge que c’est lui qui a déterminé le ton de la conversation, le type d’information échangé et le comportement de son interlocuteur. Les personnes ne pouvant voir que le visage de l’individu B pensent... strictement l’inverse. La responsabilité de la situation sociale est donc attribuée à la personne la plus visible !

Référence :

Landström, S., & Granhag, P.A. (2008). Children truthful and deceptive testimonies : How camara perspective affects adult observers’ perception and assessment. Psychology, Crime & Law, 14(5), 381-396.

Taylor, S.E., & Fiske, S.T. (1975). Point of view and perceptions of causality. Journal of Personality and Social Psychology, 32(3), 439-445.

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Crédit photo :

MHJohnston
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