Erreurs dans l’identification des voix ?

22 juin 2010 par Frank Arnould

Certains attributs d’une voix peuvent faire l’objet d’erreurs de mémoire.

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Charles Lindbergh témoignant au cours du procès de l’assassin présumé de son fils

Menaces par téléphone ou encore malfaiteurs aux visages masqués, l’identification d’une voix peut être au cœur d’une affaire judiciaire (voir Encadré). Pourtant, notre mémoire des voix ne serait pas toujours très fiable. C’est ce qu’observent John Mullennix et ses collègues de l’Université de Pittsburgh, aux États-Unis, dans une série d’expériences publiée dans la revue Applied Cognitive Psychology.

Après avoir entendu une voix grave, leurs erreurs commises par les participants consistent surtout à sélectionner une voix relativement plus grave. Après avoir entendu une voix aiguë, elles consistent à sélectionner une voix… relativement plus aiguë (voir aussi Stern, Mullennix, Corneille & Huart, 2007) ! La mémoire du débit verbal semble être, par contre, moins sujette aux distorsions.

Quand les participants ont pour consigne explicite de prêter attention à l’une ou l’autre de ces caractéristiques de surface de la parole (hauteur tonale et débit), les résultats sont sensiblement les mêmes que ceux évoqués précédemment. Autrement dit, les biais de mémoire concernant certains attributs de la voix (comme sa hauteur) pourraient bien opérer automatiquement, sans contrôle possible de la part de l’auditeur.

L’affaire Charles Lindbergh Junior : l’identification de voix au cœur du procès

Dans la soirée du 1er mars 1932, Charles Augustus Lindbergh Jr., fils du célèbre aviateur Charles Lindbergh, est kidnappé au domicile familial dans le New Jersey, États-Unis. Un mois plus tard, accompagné du Docteur Condon, Lindbergh se rend dans un cimetière du Bronx pour payer la rançon de 50 000 dollars dont la demande a été découverte dans la chambre du bébé. Alors qu’il patiente dans une automobile, Lindbergh entend une voix prononçant les mots suivants : « Here, doctor, over here ! » Malgré le paiement de la rançon, le corps du petit Charles est retrouvé sans vie le 12 mai 1932, non loin de la résidence parentale.

En septembre 1934, un suspect est arrêté : Bruno Hauptmann. En septembre de la même année, soit vingt-neuf mois après l’épisode de la remise de rançon, Lindbergh identifie la voix du suspect comme étant celle ayant prononcé la fameuse phrase dans le cimetière. Il réitère son jugement, sous serment, en janvier 1935 lors du procès.

Le témoignage auditif de Lindbergh et d’autres preuves conduisent les jurés à condamner Hauptmann à la peine capitale. Il est exécuté sur la chaise électrique le 3 avril 1936. Sa culpabilité fait toujours l’objet de controverses et de théories alternatives plus ou moins sérieuses.

Références :

Mullennix, J.W., Stern, S.E., Grounds, B., Kalas, R., Flaherty, M., Kowalok, S., May, E., & Tessmer, B. (2010). Earwitness memory : Distortions for voice pitch and speaking rate. Applied Cognitive Psychology, 24(4), 513-526.

Stern, S.E., Mullennix, J.W., Corneille, O., & Huart, J. (2007). Distortions in the memory of the pitch of speech. Experimental Psychology, 54(2), 148-160.

Mots clés :

Témoignage auditif - Mémoire - Erreur - Hauteur de la parole - Tonie - Débit de la parole - Adultes

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