Faciliter l’identification d’un suspect

25 mars 2008 par Frank Arnould

Une méthode, simple à mettre en œuvre, aiderait les témoins à identifier un suspect. Celle-ci consiste à les amener à aborder chacun des visages de la parade d’identification de manière globale.

Selon l’Innnocence Project aux Etats-Unis (http://www.innocenceproject.org/), des problèmes d’identification ont joué un rôle dans plus de 75 % des cas d’erreurs de justice répertoriés.

Timothy Perfect, Ian Dennis et Amélia Snell, psychologues à l’Université de Plymouth au Royaume-Uni, pensent qu’une méthode, simple à mettre en œuvre, permettrait d’améliorer sensiblement la performance des témoins au cours d’une parade d’identification (ou tapissage).

Leur méthode repose sur l’idée que nous traitons habituellement les visages en analysant leur configuration globale, en tenant compte des relations entre les différents traits qui les composent.

Les trois chercheurs observent, dans une série de cinq expériences (Perfect, Dennis, Snell, 2007), que si l’on oriente les sujets à utiliser ce type de traitement dans une tâche précédant le tapissage, on améliore ensuite la précision de leur identification. Cette amélioration est constatée lorsque le « suspect » est présent ou absent de la parade, quand celle-ci est simultanée (tous les membres du tapissage sont présentés en même temps) ou séquentielle (les visages de la parade sont présentés les uns après les autres), lorsqu’on demande aux témoins d’identifier rapidement ou plus lentement le suspect, quand la consigne est biaisée ou non biaisée (on informe ou non que le suspect peut être présent ou absent de la parade), et également avec les visages de suspects différents.

Le bénéfice sur l’identification est d’autant plus impressionnant que les témoins n’ont en fait pas conscience du lien entre la tâche d’orientation vers le traitement global et la tâche d’identification qui lui succède ! A l’inverse, orienter les témoins à utiliser un traitement local détériore ensuite la précision de l’identification. Regroupant les données de leurs expériences avec celles de deux autres études similaires (Macrae & Lewis, 2002 ; Perfect, 2003), les auteurs constatent que l’orientation vers un traitement global améliore de 20 % la précision de l’identification par rapport à un groupe contrôle. Le traitement local la détériore de 16,5 %.

Un peu de méthode

Dans les cinq expériences de l’étude de Perfect et al. (2007), des passants sont abordés par un complice des expérimentateurs (le « suspect »). Il leur demande de lui indiquer son chemin à l’intérieur du campus universitaire. A ce moment précis, les témoins ne sont pas informés que leur mémoire de l’individu sera ensuite testée. Dans le jargon de la psychologie cognitive, cette situation est un cas d’apprentissage incident. Les témoins sont ensuite invités, s’ils le souhaitent, à participer à une expérience de psychologie. Certains d’entre eux vont alors réaliser une tâche qui va les orienter à traiter globalement ou localement des stimuli visuels. Deux types de tâches sont utilisés selon les expériences :

La tâche de Navon. On présente de grandes lettres de l’alphabet composées elles-mêmes de petites lettres (Navon, 1977). Les témoins doivent détecter les grandes lettres (traitement global) ou les petites (traitement local).

La tâche de jugement des visages. Les participants doivent décider si les visages qu’on leur présente leur paraissent honnêtes (traitement global) ou si les yeux de chacun d’eux sont distinctifs (traitement local).

Après la tâche d’orientation vers le traitement global ou local (ou une tâche de distraction pour le groupe contrôle), les témoins participent à une séance d’identification dans laquelle ils doivent indiquer s’il reconnaissent (ou non, le cas échéant) le suspect.

Références :

Macrae, C.N., & Lewis, H. (2002). Do I know you ? Processing orientation and face recognition. Psychological Science, 13(2), 194-196.

Navon, D. (1977). Forest before the trees : The precedence of global features in visual perception. Cognitive Psychology, 9(3), 353-383.

Perfect, T.J. (2003). Local processing orientation impairs line-up identification. Psychological Reports, 93(2), 393-394.

Perfect, T.J., Dennis, I., & Snell, A. (2007). The effects of local and global processing orientation on eyewitness identification performance. Memory, 15(7), 784-794.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Parade d’identification, Tapissage, Mémoire, Traitement global, Traitement local, Visages, Cognition, Adultes

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