Faciliter le rappel d’une conversation criminelle

6 janvier 2009 par Frank Arnould

L’entretien cognitif aiderait les témoins à mieux se souvenir du contenu d’une conversation criminelle.

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36, quai des Orfèvres, Paris

Les souvenirs de conversations sont souvent assez pauvres. Si les témoins peuvent se remémorer le sens général des propos, ils manifestent encore plus de difficulté à se rappeler textuellement ce qui a été dit. Le contenu verbal des conversations peut pourtant être au centre d’investigations policières. C’est le cas, par exemple, des situations de harcèlement professionnel ou sexuel.

Pour améliorer la mémoire d’une conversation criminelle, les psychologues espagnoles Laura Campos et María Alonso-Quecuty ont l’idée d’utiliser l’entretien cognitif, méthode permettant traditionnellement d’aider les témoins oculaires à se souvenir des faits. Les participants à l’expérience visionnent tout d’abord une séquence vidéo d’environ quinze minutes dans laquelle deux malfaiteurs discutent les préparatifs d’un vol. Quelques minutes plus tard, les témoins sont invités à se souvenir de la conversation.

Comparé à un entretien de police standard, l’entretien cognitif leur permet de se souvenir de 61 % d’informations correctes en plus. Il améliore aussi bien le rappel des informations textuelles que celui du sens général des propos [1], sans une augmentation notable des erreurs. Les informations remémorées au moyen de l’entretien cognitif sont significativement plus précises (90 %) que celles recueillies avec l’entretien standard (83 %)

Cette première tentative d’utilisation de l’entretien cognitif pour améliorer la mémoire d’une conversation criminelle est encourageante. Néanmoins, certains résultats n’étant pas conformes aux prédictions des auteurs (voir Encadré), des études supplémentaires sont nécessaires.

Les consignes de l’entretien cognitif

Pour étudier l’intérêt de l’entretien cognitif sur la mémoire d’une conversation criminelle, Laura Campos et María Alonso-Quecuty utilisent les consignes classiques de cette procédure, à savoir :

- La remise en contexte et le rappel exhaustif (RC + RE) : le témoin est invité à se remettre mentalement dans le contexte environnemental et personnel du crime puis de se souvenir le plus complètement possible des faits, même lorsque certains éléments lui paraissent peu importants ;
- Changement d’ordre temporel (CO) : le témoin doit se souvenir des faits dans un ordre chronologique différent, en commençant par la fin ;
- Changement de perspective (CP) : le témoin doit se souvenir des faits selon un angle de vue différent.

Les psychologues observent que la combinaison RC + RE est la partie de l’entretien cognitif la plus intéressante : elle aide les témoins de l’expérience à se souvenir d’un plus grand nombre d’informations correctes par rapport à l’entretien de police standard et aux consignes CO et CP. Cependant, par rapport à ces deux dernières techniques, les instructions RC + RE génèrent un plus grand nombre d’erreurs de mémoire (distorsions de faits réels et fabrications de faits nouveaux).

Référence :

Campos, L., & Alonso-Quecuty, M.L. (2008). Language crimes and the cognitive interview : Testing its efficacy in retrieving a conversational event. Applied Cognitive Psychology, 22(9), 1211-1227.

Lectures supplémentaires sur l’entretien cognitif :

Demarchi, S., & Py, J. (2006). L’entretien cognitif : son efficacité, son application et ses spécificités. Revue Québécoise de Psychologie, 27(3), 177-196.

Ginet, M. (2003). Les clés de l’entretien avec le témoin ou la victime. Paris : La Documentation Française.

Mots clés :

Conversation criminelle - Mémoire - Entretien cognitif - Interrogatoire de police - Faux souvenirs - Cognition - Adultes

Crédit Photo :

Puce576
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[1] Dans tous les cas, la mémoire du sens général est meilleure que celle des informations textuelles.