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Fausses informations et suggestibilité dans les témoignages d’enfants : une question de moment ?

27 septembre 2007 par Frank Arnould

Un questionnement suggestif peut-il influencer la mémoire d’un événement récurrent chez de jeunes enfants, selon le moment où sont introduites les informations erronées ? Cette question est étudiée pour la première fois par les psychologues Kim Roberts et Martine Powell dans une expérience publiée dans la revue Child Development.

L’un des thèmes analysés dans les recherches abordant l’influence des suggestions sur la mémoire des enfants, est le rôle que peut jouer le moment précis où ces informations trompeuses sont introduites. Elles peuvent l’être, par exemple, peu de temps après l’événement en cause, ou bien après un intervalle plus long. Jusqu’à présent, ces travaux se sont concentrés sur la mémoire d’un événement unique. L’objectif de l’expérience de Kim Roberts, de l’Université Wifldrid Laurier au Canada, et de Martine Powell, de l’Université Deakin en Australie, est d’étendre ces études aux souvenirs d’une expérience récurrente.

Dans leur étude, des enfants de cinq à six ans participent à une ou quatre séances de jeux. Ultérieurement, il leur est demandé de se souvenir de la séance unique ou finale après un entretien suggestif qui a lieu trois jours ou trois semaines après les séances en question. Le test de la mémoire est effectué un ou vingt-et-un jours après le questionnement suggestif. Concernant les détails fixes de l’événement (c’est-à-dire, ceux qui ne changent pas d’une séance à l’autre), le moment de l’entretien suggestif a un impact uniquement sur les enfants qui ont participé à une séance unique de jeux. Ils sont plus sensibles aux suggestions lorsque celles-ci sont introduites trois semaine après l’événement plutôt que trois jours après. Ces délais n’ont pas d’influence sur les souvenirs des enfants qui ont participé à plusieurs séances. Dans les deux cas, ils résistent mieux aux suggestions. Le tableau est différent pour la mémoire des détails variables d’une séance à l’autre. Tous les enfants sont plus influencés par les suggestions introduites tardivement, surtout lorsque la mémoire est testée rapidement après le questionnement suggestif.

Kim Roberts et Martine Powell évoquent plusieurs scénarios possibles de cas d’abus sexuels que pourrait éclairer leur étude (p. 1147). Dans l’un deux, un enfant se confie tardivement à un adulte sur les abus dont il a été victime. Pour en savoir plus, l’adulte l’interroge en suggérant, par inadvertance, des informations erronées. Rapportant l’histoire à la police, celle-ci voudra interroger l’enfant le plus rapidement possible. Les résultats de l’expérience conduisent à penser que nous avons là les conditions nécessaires pour que les propos tenus par l’enfant au policier contiennent des informations suggérées : un délai long s’est écoulé entre l’événement et le moment où l’enfant se confie à l’adulte et un entretien policier mené rapidement après le questionnement suggestif.

Référence :

Roberts, K.P., & Powell, M.B. (2007). The role of prior experience and the timing of misinformation presentation on young children’s event memory. Child Development, 78, 1137-1152.

Mots-clés :

Témoignage, Expériences répétées, Mémoire, Faux souvenirs, Suggestibilité, Fausse information, Cognition, Enfants