Faut-il paraphraser pour interroger les enfants ? [Mise à jour]

14 septembre 2010 par Frank Arnould

L’usage de paraphrases est fréquent pour solliciter de nouvelles informations de la part d’enfants. Est-ce une technique réellement efficace ?

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Au cours d’un entretien légal, paraphraser consiste à répéter en totalité ou partiellement une réponse donnée par un enfant (ou un adulte) pendant son témoignage. Formulées correctement, ces répétitions motivent le jeune interlocuteur, placent ses déclarations au centre de l’entretien, et préviennent le recours aux questions dirigées et suggestives de la part de l’interviewer. Cependant, selon les résultats publiés par deux psychologues canadiennes (Evans & Roberts, 2009), leur usage en soi n’améliorerait pas la qualité des témoignages. Tout dépendrait du type de paraphrase utilisé.

De jeunes enfants, âgés de 3 à 6 ans, sont interrogés à propos d’un évènement vécu sept à dix jours plus tôt. Comparé aux invitations libres à se souvenir des faits, l’usage de paraphrases n’améliore pas la longueur, la richesse et la précision de leurs comptes rendus. Cependant, les paraphrases suivies d’une invitation libre (par exemple, si l’enfant dit : « Je me suis habillé », l’interviewer poursuit de la façon suivante : « Tu t’es habillé. Peux-tu m’en dire plus ? ») permettent d’obtenir des déclarations plus longues et plus riches en détails corrects que les paraphrases provoquant des réponses oui ou non (« Tu t’es habillé ? »). Elles suscitent aussi un plus grand nombre d’éléments incorrects, nombre restant toutefois modeste.

« Étant donné qu’il n’y avait proportionnellement aucune différence de précision entre les conditions [expérimentales], il est sans doute préférable d’obtenir des comptes rendus plus longs et plus riches qui sont précis en majeure partie », estiment les deux psychologues (p. 542, notre traduction). Elles recommandent donc l’utilisation des paraphrases avec invitation libre et engagent les professionnels de l’enfance à éviter celles suscitant des réponses oui ou non. Bref, toutes les paraphrases ne seraient pas bonnes à dire !

Plusieurs interrogations subsistent. Est-ce que les paraphrases suivies d’invitations libres permettent aussi d’obtenir des témoignages de meilleure qualité chez les enfants plus âgés que ceux de l’étude ? Quel composant est responsable de leur efficacité, la paraphrase, l’invitation libre ou la combinaison des deux ? Sont-elles utilisées au cours d’entretiens légaux réels avec des enfants et avec le même bénéfice ?

Toutes ces questions viennent de recevoir des réponses dans une étude dont les résultats ont été publiés récemment (Evans, Roberts, Price, & Stefek, 2010). Les chercheurs y analysent les retranscriptions de 125 entretiens réalisés par des policiers et des travailleurs sociaux auprès d’enfants et d’adolescents, âgés de 4 à 16 ans, présumés victimes de maltraitance physique ou sexuelle [1].

Les résultats indiquent que les interviewers utilisent plus fréquemment les paraphrases avec invitation libre que toute autre forme de paraphrase. Comme dans l’expérience de laboratoire précédente, cette forme de paraphrase est celle qui suscite les réponses les plus riches de la part des enfants, quel que soit leur âge.

Toutefois, les chercheurs constatent que les invitations libres seules permettent d’obtenir un plus grand nombre d’informations que les paraphrases associées à ce type de questionnement, peut-être parce que la paraphrase avant l’invitation libre dirige l’enfant à rapporter des souvenirs uniquement sur ce qu’il vient de mentionner.

Par ailleurs, les psychologues constatent que les interviewers introduisent plus souvent des distorsions dans ce que leur ont dit les enfants quand ils utilisent des paraphrases de type oui ou non. Les enfants ont trois fois plus tendance à ne pas corriger les paraphrases incorrectes de l’interviewer qu’à les corriger !

Le bénéfice des paraphrases avec invitations libres s’observe donc également quand sont analysés des entretiens légaux réels, quel que soit l’âge des enfants. Cette étude récente souffre néanmoins des limitations habituelles des recherches menées sur le terrain dans ce domaine, notamment la difficulté à vérifier la crédibilité et la précision des faits rapportés.

Publié le 13 août 2009
Mis à jour le 14 septembre 2010

Références :

Evans, A. D., & Roberts, K. (2009). The effects of different paraphrasing styles on the quality of reports from young child witnesses. Psychology, Crime & Law, 15(6), 531-546.

Evans, A. D., Roberts, K. P., Price, H. L., & Stefek, C. P. (2010). The use of paraphrasing in investigative interviews. Child Abuse & Neglect, 34(8), 585-592.

Mots clés :

Témoignages d’enfants – Paraphrase – Entretien – Maltraitance - Agression sexuelle - Abus sexuel - Mineurs - Enfants d’âge préscolaire - Enfants d’âge scolaire - Adolescents

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Sous-rubrique Actualités de la recherche – Témoignages d’enfants

Crédit photo :

-bast-
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[1] Ces entretiens sont recueillis alors que les interviewers participent à une formation au questionnement libre.