Faux aveux : le coup de bluff

19 juillet 2011 par Frank Arnould

Bluffer serait une technique d’interrogatoire pouvant conduire des suspects innocents à avouer.

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Pour quelles raisons des suspects innocents avouent-ils un crime qu’ils n’ont pas commis ? Les chercheurs qui se sont penchés sur ce problème ont identifié plusieurs facteurs de risque pouvant conduire aux faux aveux, facteurs qu’ils regroupent en deux catégories : 1) les facteurs personnels (jeunesse des suspects, difficultés intellectuelles, personnalité…) et 2) les facteurs situationnels (conditions et tactiques d’interrogatoire).

À propos de cette seconde catégorie d’explications, Jennifer Perillo et Saul Kassin, du département de psychologie du Jay Jay College of Criminal Justice, à New York, ont étudié pour la première fois l’effet du bluff sur le risque de faux aveux. Bluffer consiste à prétendre détenir une preuve sans affirmer ouvertement que celle-ci implique le suspect. Par exemple, l’enquêteur peut prétendre que du sang a été retrouvé sur les lieux du crime et qu’il est en cours d’analyse.

Certains auteurs ont estimé que le bluff ne devrait pas inquiéter les suspects innocents. Ce n’est pas ce qu’ont découvert les deux psychologues américains, bien au contraire. Dans une série de trois expériences auprès d’étudiants volontaires [1], ils ont observé que le bluff conduisait plus souvent aux faux aveux par rapport à un interrogatoire contrôle, et tout autant que la présentation d’un faux témoignage accusant les participants. Ces personnes ont avoué, ont-elles dit en majorité, parce qu’elles s’attendaient à être ensuite disculpées !

De plus, le bluff a considérablement réduit la possibilité de différencier une personne coupable d’une personne innocente. Les auteurs de ces études ont d’ailleurs conclu que les faux aveux induits par le bluff seraient difficiles à détecter par des policiers, des procureurs, des juges ou encore par des jurés.

Référence :

Perillo, J. T., & Kassin, S. M. (2011). Inside interrogation : The lie, the bluff, and false confessions. Law and Human Behavior, 35(4), 327-337.

Mots clés :

Faux aveux – Interrogatoire de police – Etude en laboratoire – Bluff - Adultes

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[1] Dans les deux premières expériences, les participants sont accusés d’être responsables du crash d’un ordinateur. Dans la seconde, ils sont accusés d’avoir triché pendant la résolution de problèmes. Dans tous les cas, il leur est demandé de signer ou non une déclaration dans laquelle ils reconnaissent le fait reproché.