Faux souvenirs associatifs : des différences entre individus

20 juin 2011 par Frank Arnould

Un besoin de cognition élevé ou une forte créativité favoriseraient la formation de faux souvenirs associatifs

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Il existe deux catégories générales de faux souvenirs : les faux souvenirs induits et les faux souvenirs spontanés (Brainerd & Reyna, 2008). Les premiers sont la conséquence de fausses informations suggérées. Les seconds sont produits par le propre fonctionnement de la mémoire des personnes.

Les faux souvenirs associatifs observés dans la tâche DRM constituent la forme la plus étudiée d’illusions mnésiques spontanées (voir Gallo, 2006, pour une synthèse de la littérature sur cette tâche de mémoire). Dans cette épreuve, les participants mémorisent des listes de mots. Chaque mot d’une liste (comme lit, repos, sieste…) est sémantiquement associé à un autre mot (sommeil) qui n’est pas présenté pendant la phase de mémorisation (le leurre critique). Quand la mémoire des listes est ensuite testée, les personnes rappellent ou reconnaissance par erreur les leurres critiques comme ayant été étudiés, en raison des liens qu’ils partagent avec les mots des listes.

Certaines personnes seraient plus vulnérables aux faux souvenirs associatifs que d’autres. Ainsi, une étude publiée par Juliana Leding, du département de psychologie de l’Université de Floride du Nord, aux États-Unis, révèle que les individus ayant un fort besoin de cognition sont plus susceptibles de rappeler les leurres critiques que les personnes ayant un faible besoin de cognition, surtout quand plusieurs tests de rappel sont administrés. Un besoin de cognition élevé correspond à la tendance des individus à vouloir s’engager dans des efforts de réflexion et à y prendre du plaisir. Les personnes ressentant un tel besoin traiteraient les listes de mots de manière plus riche. Ce faisant, elles seraient encore plus enclines à dégager le thème de chaque liste. La répétition des tests de rappel leur fournirait des occasions supplémentaires de réfléchir sur le sens général des listes DRM. Pour ces raisons, leur vulnérabilité aux faux souvenirs associatifs serait plus grande.

Une autre étude, publiée par l’équipe dirigée par Stephen Dewhurst, du département de psychologie de l’Université de Hull, au Royaume-Uni, indique que la pensée convergente prédit la susceptibilité aux fausses reconnaissances des leurres critiques, mais pas la pensée divergente. La pensée convergente est une forme de créativité consistant à produire la meilleure réponse possible à un problème ou à une série de problèmes. La pensée divergente est une autre forme de créativité, correspondant à l’aptitude à générer plusieurs réponses à même problème.

Les chercheurs notent que seul le test de pensée convergente partage les mêmes processus que ceux déployés dans une tâche DRM, à savoir l’activation d’associations sémantiques. Ceci expliquerait pourquoi l’aptitude à la pensée convergente serait liée à une plus grande vulnérabilité aux faux souvenirs associatifs. Les psychologues constatent d’ailleurs qu’un trait généralement valorisé comporte sa part d’ombre, puisqu’il favoriserait la production de faux souvenirs !

Références citées :

Brainerd, C. J., & Reyna, V. F. (2008). Developmental trends in spontaneous false memory, with implications for the law. Dans M. L. Howe, G. S. Goodman, & D. Cicchetti (Eds.), Stress, Trauma, and Children’s Memory Development : Neuriobiological, Cognitive, Clinical, & Legal Perspectives. Oxford : Oxford University Press.

Dewhurst, S. A., Thorley, C., Hammond, E. R., & Ormerod, T. C. (2011). Convergent, but not divergent, thinking predicts susceptibility to associative memory illusions. Personality and Individual Differences, 51(1), 73-76.

Gallo, D. A. (2006). Associative Illusions of Memory : False Memory Research in DRM and Related Tasks . Hove : Psychology Press.

Leding, J. K. (2011). Need for Cognition and false recall. Personality and Individual Differences, 51(1), 68-72.

Lecture complémentaire :

Langevin, S., Sauzéon, H., Taconnat, L., & N’Koaoua, B. (2009). Les fausses reconnaissances induites par les paradigmes DRM, MI et tâches dérivées. L’Année Psychologique, vol. 109(4),. 699-729. Une revue théorique des paradigmes DRM et de fausses informations.

Mots clés :

Faux souvenirs – Deese-Roediger-McDermott – DRM – Besoin de cognition – Créativité – Pensée divergente – Pensée convergente – Personnalité – Adultes

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shannonpatrick17

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