Faux souvenirs : avantage aux plus jeunes ?

27 mai 2008 par Frank Arnould

Selon les psychologues spécialistes du témoignage, les jeunes enfants sont particulièrement vulnérables aux faux souvenirs. Cependant, des recherches récentes montrent que, dans certaines situations, ce sont leurs camarades plus âgés, et même les adultes, qui y sont les plus sensibles.

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Alfred Binet (1857-1911), pionnier de la psychologie des témoignages d’enfants

Alfred Binet et d’autres pionniers de la psychologie du témoignage observent, au début du siècle dernier, que les jeunes enfants sont les plus vulnérables aux distorsions de la mémoire. Depuis lors, de nombreuses recherches le confirment : la susceptibilité aux faux souvenirs décroit à mesure que les enfants grandissent. Est-ce l’image définitive à retenir de l’évolution avec l’âge des faux souvenirs ? Des travaux récents, publiés au cours des cinq dernières années, nuancent cette conclusion. Dans certaines circonstances, la tendance développementale est en fait inversée : les jeunes adultes sont plus sensibles aux faux souvenirs que les jeunes enfants !

Analysant cette littérature expérimentale, les psychologues Charles J. Brainerd, Valerie F. Reyna et Stephen J. Ceci constatent que cette évolution étonnante survient quand les faux souvenirs ont pour origine des connexions de sens entre les évènements (Brainerd, Reyna & Ceci, 2008). Les jeunes enfants étant moins aptes à déceler ces relations, ils sont immunisés, en quelque sorte, contre ces faux souvenirs.

Le paradigme DRM est l’une des situations dans lesquelles cette inversion développementale est constatée. Dans cette tâche, les participants mémorisent des listes de mots conçues chacune d’une façon particulière. Chaque mot d’une liste est un associé (selon des normes linguistiques connues) d’un autre mot qui, lui, n’est pas présenté. Par exemple, une liste est constituée des items suivants : chanson, note, son, piano, chanter, bruit, orchestre, cor, art, instrument, symphonie.

A des taux souvent élevés, les jeunes adultes rappellent ou reconnaissent à tort le mot associé à la liste, mais non étudié (ici, le mot musique). Par contre, les jeunes enfants commettent moins ce type d’erreur ! En outre, Jeffrey Anastasi et Matthew Rhodes viennent de montrer que le phénomène s’observe aussi bien avec des listes de mots construites à partir de normes d’associations verbales adaptées aux enfants, qu’avec des normes adultes (Anastati & Rhodes, 2008). L’inversion développementale dans le paradigme DRM n’est donc pas un artefact résultant de l’utilisation de mots inappropriés pour les jeunes participants. Ces derniers sont moins vulnérables aux faux souvenirs associatifs parce qu’ils sont moins sensibles que les jeunes adultes au contenu thématique général des listes.

Références :

Anastasi, J.S., & Rhodes, M.G. (2008). Examining differences in the level of false memorties in children and adults using child-normed lists. Developmental Psychology, 44(3), 889-894.

Brainerd, C.J., Reyna, V.F., & Ceci, S.J. Developmental reversals in false memory : A review of data and theory. Psychological Bulletin, 134(3), 343-382.

Mots clés :

Développement de la mémoire - Faux souvenirs - Cognition - Enfants - Adultes

Crédit photo :

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