Faux souvenirs, conformisme et cerveau

12 août 2011 par Frank Arnould

Sous influence, les témoins oculaires peuvent modifier durablement ou transitoirement leurs souvenirs des faits en fonction de l’opinion d’autrui. Ces deux formes de conformisme se manifesteraient par des signatures cérébrales différentes.

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L’amygdale du cerveau (en rouge)

La remémoration est souvent une activité sociale. Par exemple, les témoins oculaires d’un crime discutent très souvent des faits vécus ensemble (Paterson & Kemp, 2006 ; Skagerberg & Wright, 2008). Rappeler des souvenirs en groupe est à la fois bénéfique et préjudiciable à la mémoire (Rajaram & Pereira-Pasarin, 2010). Parmi les effets dommageables, les psychologues ont découvert que les personnes peuvent modifier leurs souvenirs pour se conformer à ceux d’autrui, même si ces derniers contiennent des informations totalement erronées. Ces suggestions trompeuses peuvent même s’intégrer dans la mémoire de manière permanente. En d’autres termes, sous influence, de faux souvenirs sont formés. Dans d’autres cas, le conformisme des souvenirs n’est que transitoire. Les personnes reviennent à leurs souvenirs d’origine quand la source d’influence a disparu.

Une étude d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (Edelson, Sharot, Dolan, & Dudai, 2011), réalisée auprès de 30 individus volontaires, et publiée dans Science, révèle que ces deux formes de conformisme se manifesteraient par des signatures cérébrales différentes. Plus particulièrement, l’hippocampe est plus actif en cas d’erreurs permanentes de mémoire qu’en cas d’erreurs transitoires. Or, l’hippocampe est une structure du cerveau fortement impliquée dans le fonctionnement de la mémoire. Une région du cortex cingulaire est, quant à elle, plus active en cas de distorsions transitoires des souvenirs qu’en cas de distorsions permanentes.

Les résultats montrent aussi que l’amygdale est plus active si les sujets se conforment à une source sociale (c’est-à-dire aux réponses émises par d’autres personnes) que s’ils se conforment à une source non sociale (c’est-à-dire aux réponses générées par un ordinateur). C’est ainsi une nouvelle fonction de cette région du cerveau que vient de découvrir l’équipe de chercheurs. L’amygdale pourrait jouer le rôle de médiateur entre influence sociale et mémoire.

Références :

Edelson, M., Sharot, T., Dolan, R. J., & Dudai, Y. (2011). Following the crowd : Brain substrates of long-term memory conformity. Science, 333(6038), 108 -111.

Paterson, H. M., & Kemp, R. I. (2006). Co-witnesses talk : A survey of eyewitness discussion. Psychology, Crime & Law, 12(2), 181-191.

Rajaram, S., & Pereira-Pasarin, L. P. (2010). Collaborative memory : Cognitive research and theory. Perspectives on Psychological Science, 5(6), 649 -663.

Skagerberg, E. M., & Wright, D. B. (2008). The prevalence of co-witnesses and co-witness discussions in real eyewitnesses. Psychology, Crime & Law, 14(6), 513-521.

Mots clés :

Témoignage oculaire – Mémoire – Influence sociale – Pression sociale – Conformisme des souvenirs – Suggestibilité – Hippocampe – Amygdale – Adultes

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