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Faux souvenirs et suggestibilité : méfiez-vous de votre conjoint !

27 mars 2008 par Frank Arnould

Quand des personnes évoquent entre elles un crime, elles peuvent s’influencer mutuellement et intégrer ensuite dans leur mémoire des informations suggérées par leur interlocuteur. Leurs souvenirs deviennent similaires. Ce phénomène de conformisme de la mémoire est encore plus saillant lorsque les co-témoins sont des partenaires intimes.

Selon les résultats d’une enquête menée en Australie (Paterson & Kemp, 2006), 86 % des personnes interrogées déclarent avoir eu des discussions avec une autre personne à propos d’un crime ou d’un délit dont elles ont été témoins. Ces discussions peuvent avoir un effet pernicieux. Les témoins risquent de s’influencer mutuellement et d’incorporer ensuite dans leur mémoire des suggestions rapportées par leur interlocuteur. Leurs souvenirs deviennent alors similaires : c’est l’effet de conformisme des souvenirs (Gabbert, sous presse).

Les psychologues Lauren French, Maryanne Garry et Kazuo Mori viennent de montrer que ce phénomène est encore plus marqué chez des couples intimes que chez des couples d’hommes et de femmes ne se connaissant pas (French, Garry, & Mori, 2008 ; French, Sutherland, & Garry, 2006). Les couples visionnent un enregistrement vidéo dans lequel ils peuvent voir un individu voler différents objets dans une maison. Chaque participant est persuadé qu’il regarde la même vidéo que son partenaire, alors qu’en réalité, chacun en visionne une version légèrement différente. Les couples discutent ensuite de ce qu’ils viennent de voir, et doivent tenter de donner une réponse commune à chaque question qui leur est posée. Certaines d’entre elles portent, bien sûr, sur les aspects divergents des deux versions du film.

Interrogés ensuite individuellement, les participants, mais plus encore les personnes intimes, ont tendance à intégrer dans leurs souvenirs du cambriolage des informations n’ayant pas été observées par eux-mêmes, mais suggérées par le co-témoin.

Lorraine Hope et ses collègues ont obtenu un résultat similaire (Hope, Ost, Gabbert, Healey, & Lenton, 2008). 29 % des personnes ayant eu une discussion à propos d’un événement avec un co-témoin inconnu d’eux ont intégré dans leur mémoire au moins une information suggérée par leur partenaire. Elles sont 58 % à être sensibles aux suggestions lorsque le co-témoin est de leur connaissance, qu’il s’agisse aussi bien d’un partenaire intime que d’un ami !

Des souvenirs en commun ?

Nous partageons avec notre famille, nos amis ou nos collègues de travail des expériences communes. Pourtant, nous nous en remémorons rarement les mêmes aspects. Par exemple, parmi les souvenirs d’événements vécus ensemble dans leur enfance par les membres de fratries, seulement 25 % des détails rappelés sont identiques (French, Sutherland, & Garry, 2006)

Source : French, L., Sutherland, R., Garry, M. (2006). Discussion affects memory for true and false childhood events. Applied Cognitive Psychology, 20(5), 671-680.

Références :

French, L., Garry, M., & Mori, K. (2008). You say tomato ? Collaborative remembering leads to more false memories for intimate couples than for strangers. Memory, 16(3), 262-273.

Gabbert, F. (sous presse). Conformity in eyewitness reports. In B. Cutler (Ed.), Encyclopedia of Psychology & Law. Sage Publications.

Hope, L., Ost, J., Gabbert, F., Healey, S., & Lenton, E. (2008). “With a little help from my friends...” : The role of co-witness relationship in susceptibility to misinformation. Acta Psychologica, 127(2), 476-484.

Mots-clés :

Témoignage oculaire, Mémoire, Faux souvenirs, Suggestibilité, Influence sociale, Conformisme, Co-témoins, Couples intimes, Amis, Adultes